- Les stéréotypes sexistes dans la presse, la publicité et la communication -
|
Intervention prononcée lors du colloque "L’homme est-il une femme comme les autres ? les identités homme / femme" 5° partie "Les identités symboliques" : Les stéréotypes sexistes dans la presse, la publicité et la communication
"Je suis la femme, l’éternelle, celle dont on voit tant et plus le soutien gorge de dentelle passer sur tous les autobus. Mon collant va
bientôt vous plaire. Mes fesses au niveau de vos yeux, quant à mon slip il prolifère dans le métro c’est merveilleux"
1978 : cette chanson date de 1978. C’est une des constantes de la lutte
anti patriarcale : presque rien ne bouge, les analyses continuent d’être
valables d’années en années. Souvent en retrouvant un tract de ces
fameuses années MLF, on se dit que seule la présentation (tapée à la
machine à écrire, reproduit au stencil) laisse deviner leur date.
Faire référence à une grande sœur en féminisme, c’est aussi
combattre le syndrome de l’année zéro. Car c’est l’un des stéréotypes
les plus nuisibles : le féminisme n’aurait pas d’histoire. Toute
femme en révolte contre sa condition serait la première et bien isolée.
Les stéréotypes qui sont, du point de vue féministe, sexistes sont véhiculés
partout et tout le temps. Et pourtant le corps social réagit et apprend
à décoder. Depuis le temps qu’on dénonce l’utilisation du corps,
tout le monde sait que l’image n’a rien à voir avec le produit et
qu’on cherche «simplement» à marquer les esprits. La publicité joue
plus sur la provocation et l’effet médiatique que sur le mérite du
produit.
Une utilité
politique et sociale plus qu’économique ?
La pub n’aurait pas d’utilité. Les sondages d’opinion peinent à
prouver l’impact de la publicité sur les comportements d’achats. Or
dans un contexte de mondialisation, tous les grands groupes couvrent
plusieurs secteurs économiques et font appel massivement à des
professionnels de la communication donc rien n’est innocent. Du temps
d’une plus forte emprise de l’Église sur la société, les sermons
avaient pour fonction de donner les grandes lignes d’organisation de la
société. Maintenant les stéréotypes jouent comme des messages
subliminaux à longueur de temps. Ces messages relaient une contrainte
sociale forte : la pérennité de jeux de rôles sociaux. Ces rôles
sociaux agissent comme une identité symbolique qu’on endosse au-dessus
de la sienne propre afin de correspondre aux stéréotypes du genre ou
sexe social auquel on appartient. Les hommes doivent tous être grands,
forts, intelligents, père (pour prouver l’authenticité de sa virilité),
ayant la maîtrise de l’argent, la politique et l’économique,
puissants voire violents. Les femmes doivent toutes être plus petites,
faibles, soumises, mères (parce que faites pour), ayant en charge le ménage,
les soins enfants, aux personnes âgées et aux blessés, douce et compréhensive.
La presse, la publicité ou la communication en général mettent donc
en œuvre des stéréotypes. Les corps et les sexualités (ensemble des phénomènes
sexuels ou liés au sexe) sont considérés comme des produits qui se
vendent ou s’achètent ; et ce, dans un contexte où les moyens de
production et d’échange sont possédés en propriété privée et où
le but final est la recherche du profit. La société capitaliste ainsi décrite
profite d’un système d’oppression sociale et juridique basé sur la
soumission des femmes : le patriarcat. Car plus que le sexisme, il faut
souligner que c’est bien un système qui œuvre et relie tous les
aspects d’une oppression qu’on peut identifier comme étant la même.
Les stratégies de domination patriarcale passe par la division,
l’isolement. Comme dit en introduction, l’oubli des luttes incessantes
des femmes est là pour décourager les contemporaines et les rediriger
vers leur poste de télévision.
Le holisme
autoritaire
Le capitalisme est régi par des règles simples : tout se vend, tout
s’achète. C’est la loi du marché, l’offre ne fait que répondre à
la seule demande solvable.
Dans ce contexte, la marchandisation des corps et des sexualités
recherche le profit inhérent à la logique du capitalisme. La majoration
des profits appelle l’utilisation de la publicité. Une des constantes
de la publicité est l’utilisation de corps « érotisés », féminin
surtout, comme argument de vente. Cette utilisation ne serait pas aussi
constante si elle n’était aussi efficace. Faut-il donc comprendre
qu’un achat est obtenu contre une sollicitation sexuelle ? En tous cas,
la pulsion sexuelle est considérée comme à la base de l’achat, et les
ressources majoritairement masculines (80% des pauvres sont des femmes).
Notons aussi qu’en vertu du «plafond de verre» qui empêche la
progression professionnelle des femmes, les publicistes et leurs clients
sont presque exclusivement des hommes.
Statistiques à
la louche dans différentes revues
FHM (magazine masculin de loisirs) : 200 p dont 50p de pub. Les
enfants sont absents des pubs. Les 3 thèmes de pub les plus fréquents
sont : jeux, parfum, vêtement.
Cosmopolitan (magazine féminin de loisirs) : 230p dont 100p de
pub. Les enfants apparaissent sur deux pub : gâteau minute où la mère
est réduite à ses mains et voiture "vous aussi vous rêvez d’habituer
vos enfants au luxe" (le permis de conduire et la voiture étant des
symboles historiques de l’accession à l’autonomie pour les femmes).
Sans surprise le trio de pub est produits de beauté, parfum et
accessoires
Le Soir (1° quotidien belge généraliste) En Une, l’annonce
du dernier film de la cinéaste belge Chantal Akerman mais l’image est réservée
au duo père fille Klijsters, la gloire de cette tenniswomen revient à
son père ! Aucun sujet ne traite des femmes, mais le Soir compte
dans son équipe deux grands noms féminins du journalisme : B. Vaes et M.
Vandemelebroeck qui signent des articles dans les premières pages. Dans
le supplément loisir Victor, on retrouve les même pub que dans les
magazines de loisirs notamment une pub pour la vodka qui vante l’effet désinhibant
de l’alcool (la femme enlève le rembourrage de son soutien-gorge),
substance classée dans les drogues dures, rappelons-le.
La libre Belgique (quotidien généraliste propriété de l’Evêché
de Namur). Les femmes sont convoquées en tant qu’expertes ponctuelles.
Les images représentent des femmes accessoires (tient la photo d’un
opposant, ramasse les papiers dans une salle de conférence). On trouve la
première signature féminine sous la plume d’une grande reportrice à
laquelle ses collègues masculins ont permis de se faire tirer dessus pour
son sujet sur la culture de la coca. La seule pub destinée aux femmes est
celle d’un magasin de robes de mariées.
La sexualité des dominants, nourrie d’autoritarisme et présentée
comme majoritaire, se trouve dotée d’une fonction sociale :
l’apprentissage et l’habitude de la soumission (notamment à travers
la répétition de corps en position d’attente ou agi ce qui est le cas
dans presque toutes les pub de parfums). En parallèle de
l’uniformisation des modes de vie, se construit ainsi une uniformisation
de l’érotisme bien pratique car plus propice à l’augmentation des
profits dans une logique de production en série.
Les corps présentés sont le plus souvent morcelés (les parties
manquantes étant fréquemment la tête, les mains, les pieds), en
position d’attente, frêle, leurs zones sexuelles primaires ou
secondaires exposées parfois plus que le produit vendu. Ainsi est renforcée
l’idée que le corps d’une femme peut être mis en jeu dans un acte
d’achat ou de location. Dans la logique capitaliste, n’existe donc que
le profit et sa recherche quels que soient les clients, la demande et les
produits.
Conclusion
Tous ces exemples, ces tentatives d’explication et l’environnement
publicitaire omniprésent me renvoie à la notion de stigmate. En effet,
que ce soit dans la grossesse (ce sont les femmes qui tombent enceinte),
la prostitution (visibilité des prostituées, invisibilité des clients),
le marquage religieux (voile pour les filles, nike pour les garçons), les
viols de guerre (les femmes bosniaques se sentaient coupables) ou de paix,
les signes extérieurs de richesse (certaines femmes portent des tuniques
qui peuvent peser 20 kg), le problème de la garde de l’enfant fait à
deux parce que maman travaille et non pas parce que papa et maman
travaillent, l’importance de la maison bien tenue par la mère épanouie
d’une famille unie (santé mentale symbolique), ce sont les femmes qui
sont en première ligne. Chaque fois qu’il y a crispation ou offensive,
c’est sur le corps des femmes que les enjeux se nouent.
"Mais bientôt enfin je serais vieille, vous ne m’imaginerez plus, je
n’en aurais plus rien à faire de mon mystère. On ne mettra plus en
vitrine ni mes dessus ni mes dessous, j’aurais enfin pauvre poitrine,
des varices et le ventre mou, je me vautrerai dans mon âge, je
boufferai n’importe quoi sans qu’on m’emmerde à chaque page avec
tout ce qu’il ne faut pas"
Ceci est le dernier couplet de la même chanson d’Anne Sylvestre. Les stéréotypes
c’est ce qu’on nous montre et aussi ce qu’on cache, ignore, annule.
C’est des femmes vieilles, actives sexuellement, avec un handicap,
lesbienne, autre que blanche occidentale. On montre surtout petites filles
africaines rigolotes avec leurs tresses alors que la représentation des
asiatiques (la population chinoise dépasse le milliard d’individu) est
quasi nulle.
Ces stéréotypes relaient abondamment le discours patriarcal sur le désir
des hommes et le corps des femmes, mais qu’en est-il des désirs des
femmes et du corps des hommes ??
D’un point de vue patriarcal, l’individu n’a aucune valeur pour
soi mais une valeur relative et collective: il doit se fondre dans le rôle
social que son sexe biologique lui a assigné sinon c’est la répression
sociale qui se met en route, l’exemple le plus marquant étant celui des
homosexuels (qui subissent des viols punitifs commis par des hétérosexuels
se prouvant ainsi leur virilité).
De ce point de vue, l’homme qui cherche à défaire son comportement
des attributions masculines (travailler moins pour s’investir plus auprès
de ses enfants, faire un métier de femme, soutenir les femmes ostracisées
dans les milieux traditionnellement masculins), ces hommes là oui sont
des femmes comme les autres. L’une des stratégies les plus vieilles et
toujours efficaces, c’est de diviser pour régner. L’histoire compte
des épisodes récurrents de femmes qui mettent au point des stratégies
de solidarité. Ca fait des siècles qu’on vous attend. Alors,
messieurs, le MLH, c’est quand vous voulez.
Elisa Jandon
|