"Dans
le langage scientifique comme dans le langage trivial, prévalent
comme des fondements non questionnables, des catégories sexuées
dualistes où géométrique est supérieur à sensible, abstrait à
concret, rapide à lent comme masculin l'est à féminin (...) La
grille de lecture avec laquelle nous fonctionnons est toujours celle
immuable et archaïque, des catégories hiérarchisées ..."
(Françoise Héritier, "Masculin/Féminin II : dissoudre la hiérarchie", 2002, éditions Odile Jacob)
Objectif/subjectif ou la science comme point de vue masculin
Masculin, féminin, sont, chez Homo sapiens sapiens,
des qualificatifs servant à préciser le genre. Genre qui, en
l'occurrence, n'est pas l'ensemble des êtres vivants situés entre la
famille et l'espèce que les classifications phylogénétiques ont
pour habitude de regrouper, réunissant ainsi, par exemple, le chien,
le loup et le coyote dans le genre canis, mais genre qui représente
l'une des deux formes que revêt le vivant humain : l'homme, la femme,
êtres sociaux tout autant l'un que l'autre. Le genre est ainsi une
sorte de vrai-faux cache-sexe, une "construction sociale
naturalisée" (1), un des principes de division fondamentaux
(2) de
la vision anthropique du monde. Dans le langage, cependant comme dans
le mythe d'Aristophane (3), il y a trois genres qui, par tradition,
bousculent l'ordre alphabétique : masculin, féminin, neutre. Le
langage véhicule les représentations sociales d'une culture, il
n'est, par conséquent, jamais réellement neutre, la preuve en est
que le masculin l'emporte toujours sur le féminin. Il est aussi
remarquable que les hommes occupent à la fois l'espace indéfini
c'est à dire neutre et l'espace masculin. Le masculin et le neutre
sont coextensifs au niveau du langage, donc de la pensée. L'espace
des femmes est celui, seul réellement marqué du point de vue du
genre, de l'éternel féminin. Si le masculin a une posture neutre,
objective, une posture de sujet, une posture de moi, a
contrario, le féminin a celle de l'autre à ce sujet,
celle de l'objet et de l'objet d'étude. Or, la posture
neutre supposée garantir l'objectivité, c'est à dire la
relation non située et distanciée au monde, est la posture de la
science. Pratique dont la méthode, depuis Descartes, consiste à
transformer les êtres en machines, c'est à dire en objets. La
science exprime, de la sorte, le point de vue masculin sur le monde,
ce point de vue singulier qui a prétention à l'universel et a le
pouvoir de réifier l'univers pour mieux l'objectiver, le connaître
et le maîtriser. La critique la plus radicale de la posture
scientifique comme point de vue du pouvoir social en tant que pouvoir
masculin (4) est sans doute celle de Catharine MacKinnon à propos du
cogito cartésien : "Le doute cartésien - cette anxiété
de savoir si le monde est réellement là, indépendamment de ma
volonté et de mes représentations; si je peux en douter peut-être
qu'il n'existe pas - provient du luxe d'une position de pouvoir qui
comporte la possibilité de construire le monde comme on le pense ou
comme on voudrait qu'il soit. Ce qui est exactement le point de vue
masculin. Vous ne pouvez pas faire la différence entre ce que vous
pensez et le monde tel qu'il est, si, pour penser, votre point de vue
est celui du pouvoir social. Prenons l'exemple des orgasmes simulés
(...) Pourquoi les femmes simulent-elles si souvent l'orgasme et
pourquoi les hommes peuvent-ils en concevoir un doute cartésien ?
(...) Leur doute cartésien est, là, pleinement fondé: le pouvoir
des hommes de contraindre le monde à être tel qu'ils le veulent,
signifie qu'ils s'interrogeront toujours sur ce qui se passe réellement
ici-bas." (5) Cela n'a rien de rhétorique. Certes, en théorie,
le sujet peut aussi bien être un homme ou une femme et la science n'a
pas de sexe. Mais en pratique, dans l'élaboration historique
et sociale des sciences, où sont les femmes et comment ont-elles été
construites, objets de connaissance et de théories ?
Le sujet des femmes-objets... de connaissance
Pour les femmes, en effet, point d'invention de la science,
point de miracle grec ! L'antiquité les montre dépossédées
d'elles-mêmes, exclusivement vouées, de par les imperfections
de leur constitution, à la fonction procréatrice (ou à la
prostitution quand elles sont esclaves). Dans le cadre conceptuel
d'Aristote, la femme est un être de matière qui aurait tendance à
proliférer de façon anarchique et monstrueuse si elle n'était maîtrisée
et dominée par la force du pneuma de la semence masculine,
semence stockée dans la tête de l'homme dont le pneuma
apporte le souffle, mais aussi l'esprit, la forme humaine, l'identité,
la vie, valeurs nobles opposées à la matière féminine indifférenciée.
Si la femme est capable d'enfanter les enfants des deux sexes, un
rapport réussi impose la forme masculine. Par contre, la naissance
d'une fille signe l'échec du masculin à cause de la tendance féminine
à l'anarchie ce qui constitue la première étape vers la
monstruosité (6).
Ce faisant, Aristote n'invente rien : Hippocrate soutenait déjà un siècle
auparavant que l'utérus des femmes leur tient lieu de cerveau : tota mulier in utero. Aristote développe ces conceptions pour sa
culture et son époque. Ce système de pensée, nous en retrouvons la
trace dans la société contemporaine, avec l'explication de la procréation
telle qu'elle est communément transmise aux enfants. Ainsi l'histoire
de la fameuse petite-graine-que-le-papa-donne-à-la-maman-pour-qu'elle-la-fasse-pousser-dans-son-ventre,
fonctionne-t-elle exactement selon le même schéma conceptuel, le
confortant, par prétérition en quelque sorte, à travers les siècles.
Si, au milieu du XIXe siècle, la science reconnaît enfin que le vide
essentiel de la tête des femmes est comblé comme pour les hommes
d'un cerveau circonvolué, Paul Broca, chirurgien et fondateur de l'École
d'Anthropologie, peut se permettre d'affirmer catégoriquement, avec
l'autorité que confère la science, que la petitesse relative du
cerveau de la femme dépend à la fois de son infériorité physique
et de son infériorité intellectuelle. Quant à Gustave Le Bon, médecin
et sociologue, il considère doctement, que les crânes de la plupart
des femmes se rapprochent davantage de ceux des gorilles que de ceux
des hommes. Il va de soi par conséquent, pour l'époque, que seuls
les hommes sont des êtres vraiment humains. Il semble que les femmes
n'aient pas eu beaucoup alors la possibilité de s'exprimer pour
renverser des évidences si savamment construites... par les préjugés
socioculturels. N'est-ce pas parce que les femmes sont sottes qu'elles
sont ignorantes et réciproquement ?
Les objets d'étude
protestent cependant parfois....La sujétion dans laquelle sont tenues
les femmes est ainsi discutée en 1693 par Gabrielle Suchon, qui en
distingue l'origine dans la privation socialement organisée de trois
avantages considérables qui sont, en contrepartie réservés aux
hommes: la liberté, "chose extrêmement délicate",
la science, "élevée et sublime", et l'autorité,
"éclatante". La suppression des deux premiers
avantages est suffisante pour justifier l'exclusion des femmes de
toute prétention au troisième, c'est à dire au pouvoir. Ces
privations trouvent leur légitimité dans l'"imbécillité"
supposée des femmes et se présentent par conséquent comme un "effet
de justice" (7).
La finesse, la lucidité et l'acuité d'analyse dont fait preuve
Gabrielle Suchon témoignent qu'une certaine forme de résistance
intellectuelle et individuelle (sans organisation et a fortiori
sans poids politique) aux contraintes sociales imposées par le genre
a pu exister à toutes les époques, c'est à dire bien avant le féminisme
explicitement revendiqué d'une Olympe de Gouges (8) ou d'une Mary
Wollstonecraft (9) qui préfiguraient, par leur influence politique, les
luttes féministes (10) aux origines de l'émancipation récente des
femmes tant aux États-unis qu'en Europe. Il nous faut sans doute
rappeler ici, qu'en France, les femmes, n'ont obtenu le droit de vote
qu'après la Libération, en 1944. En outre, jusqu'au milieu des années
soixante, elles ne pouvaient travailler ou avoir un chéquier qu'avec
l'accord de leur mari et il ne leur a été possible d'accéder à la
maîtrise de leur propre corps - de leur fécondité - qu'au début
des années soixante dix. Elles assument toujours 80% des tâches
domestiques et des soins aux enfants. A travail égal, elles sont payées
en moyenne 27% de moins que les hommes et, malgré la loi sur la parité
en politique, elles ne représentent que 12% des députés à
l'Assemblée Nationale élue en 2002. Sur 26 régions françaises, une
seule est présidée par une femme à l'issue des élections régionales
de 2004.
Sélection naturelle des idées et discrimination sexuelle
La science n'est pas, simplement, une affaire d'idées et de
théories, elle dépend du contexte historique, politique, culturel
d'une société donnée, elle dépend également beaucoup du statut
social de ceux qui la font et ont ou non le pouvoir de l'imposer comme
Vérité (même si ça n'est que temporaire). Elle est inégalitaire
et hiérarchisée. Elle ne constitue pas plus aujourd'hui qu'hier une
cité idéale où régnerait la démocratie et où la reconnaissance
institutionnelle serait automatiquement liée au mérite
scientifique. La science en tant qu'institution est un des lieux
d'exercice du pouvoir social. L'idéologie n'en est d'ailleurs pas
absente. Ainsi pour mieux comprendre le triomphe universel de la théorie
de Darwin sur celle de Lamarck dans l'histoire des idées consacrées,
on doit se rappeler le contexte historico-politique qui voit
l'adoption des idées transformistes. Lamarck, publie la première théorie
transformiste en 1809 dans "La Philosophie zoologique"
où il souligne l'importance de l'environnement dans l'évolution des
espèces. Il a par ailleurs adhéré aux idéaux de la Révolution
française auxquels il restera fidèle même sous l'Empire et la
Restauration (jusqu'à sa mort en 1829), tandis que la société
anglaise de l'époque, qui vit les débuts du capitalisme industriel,
est radicalement hostile aux idées révolutionnaires venues de
France. La théorie de Lamarck se trouve d'emblée disqualifiée avant
même de pouvoir traverser la Manche. A l'opposé, celle de Darwin,
faisant prévaloir la sélection naturelle - la survie des plus aptes
(11) - constitue aussitôt une assise solide capable de justifier
la compétition économique (12), l'injustice de l'ordre social (13) et de légitimer
les profondes aspirations à la suprématie de l'Angleterre sur le
reste du monde (aspiration par la suite étendue à l'Occident tout
entier). Transposant dans la nature la loi sociale en vigueur dans
l'Angleterre d'après la révolution industrielle selon les préjugés
de son époque et de sa classe, Darwin donne en retour à la loi
sociale ainsi magiquement naturalisée la force symbolique d'un
fondement biologique. La sélection naturelle s'applique pour sûr
aux idées et nous en apprend bien plus sur les structures à la base
du fonctionnement de nos sociétés que sur l'ordre des choses dans la
nature.
Pour expliquer
les différences entre les races humaines, Darwin est ensuite
contraint d'enrichir son dispositif heuristique en y adjoignant la sélection
sexuelle (14). La sélection naturelle ne peut, en effet, rendre raison
de la multitude des caractéristiques morphologiques et
comportementales qui semblent destinées à promouvoir le succès
pro-créatif des individus mâles les arborant. Cette sélection liée
au sexe peut prendre deux formes, la compétition (parfois jusqu'à la
mort) entre mâles pour le contrôle des femelles ou alternativement,
le choix des mâles par les femelles. Elle permet à Darwin de déclarer
par exemple que la couleur de la peau, qui diffère selon les races
humaines, n'est pas une adaptation aux conditions climatiques mais
bien une conséquence de la sélection sexuelle capable d'agir selon
des canons de beauté très précis et variables en fonction de paramètres
spatio-temporels et ce, sans avoir à en apporter la preuve (15).
L'on pourrait croire que le passé est désormais passé de mode,
révolu, et que l'accès massif des femmes (occidentales) à l'éducation
a modifié la donne tout particulièrement en science. Cela n'est que
partiellement vrai. Les femmes ont dû pour accéder au savoir
scientifique et être intégrées dans les institutions constituées,
en adopter tous les codes de pensée et les méthodes. La science
partage les traits essentiels de la société dont elle est partie
prenante. Elle est donc souvent sexiste (16) et raciste (17). L'adoption
unanime par les biologistes et par une partie des psychologues de la
théorie darwinienne ou néo-darwinienne (synthèse de l'hérédité
mendélienne et de la théorie de l'évolution darwinienne par sélections
naturelle et sexuelle) a des effets singuliers toujours actuels
en ce qui concerne la construction de l'humanité des êtres humains
en général (18), et, en particulier, de l'humanité des femmes comme
nous l'allons voir.
Nostradamus
généticien et machisme adaptatif
"Depuis plusieurs décennies, les généticiens ne conçoivent
plus la vie comme une organisation dotée en outre de l'étrange
capacité de se reproduire; ils voient dans le mécanisme de
reproduction cela même qui introduit à la dimension du biologique:
matrice non seulement du vivant mais de la vie (...) Le sexe, raison
de tout." Michel Foucault, Histoire de la sexualité I la
volonté de savoir, 1976, Gallimard.
Darwin a ouvert la voie à une théorie synthétique où l'évolution
des espèces s'explique tantôt par la sélection naturelle tantôt
par la sélection sexuelle sans qu'il soit jamais possible de rien démontrer
formellement. La théorie a ainsi "raison de tout".
Théorie dont le moindre des bénéfices serait de nous avoir définitivement
débarrassé du finalisme naïf d'un Pangloss. Près d'un siècle et
demi après Darwin, Bryan Sykes, professeur de génétique à Oxford,
publie "La Malédiction d'Adam" (Albin Michel, 2004)
et nous explique que le chromosome sexuel Y (chromosome présent à l'état
dépareillé chez les hommes puisque leur deuxième chromosome sexuel
est un chromosome X, les femmes ayant, quant à elles, une paire de
chromosomes X) est un champ de ruines, que la stérilité guette les
hommes dans leur ensemble et par voie de conséquence menace
d'extinction l'humanité tout entière et qu' "il ne rime à
rien de nier que la sélection sexuelle, opérant à travers la
richesse et le pouvoir, a gravement perturbé l'équilibre entre les
deux sexes et créé des structures sociales patriarcales (...) J'ai
soutenu que cette situation était entièrement imputable aux différences
génétiques fondamentales entre hommes et femmes et à la façon dont
le "choix" féminin, sous ses multiples formes, a encouragé
l'exagération de ces tendances. Naturellement, le processus serait
vite renversé si les femmes préféraient s'accoupler avec des hommes
dont les atouts sont l'antithèse de la richesse et du pouvoir et si
l'exhibition gratuite de Ferrari et de Rolex dispendieuses perdait son
efficacité (...) Où Ève choisit d'aller, Adam est tenu de la suivre."
Quelle
connaissance se construit là et surtout quelle connaissance pour
imposer quelle Vérité ? (19) La posture scientifique y apparaît
objectivement misogyne. Toutes des putes ! C'est désormais
scientifiquement prouvé. En outre, cerise sur le gâteau, les femmes
sont aussi coupables de l'homosexualité de leurs fils quand ils sont
gays. Elles auraient en effet trouvé, au moyen de la guerre que mènerait
leur ADN mitochondrial (transmis maternellement de génération en génération)
au chromosome Y filial, une stratégie supplémentaire pour stériliser
leurs fils. La figure de la mère castratrice prend ainsi valeur d'icône
génétique (20).
La génétique darwinienne supposée-nous-avoir-libéré-e-s-du-finalisme
ne nous a donc toujours pas libéré-e-s de cette forme de tyrannie
qu'est le scientisme, pas plus qu'elle ne nous a libéré-e-s du
sexisme, de la misogynie ou des prédictions à la Nostradamus !
Et ce n'est pas tout ! La psychologie darwinienne atteint des sommets
dans la justification du machisme. Déjà la psychanalyse s'était
avérée navrante pour les femmes. La misogynie manifestement à l'oeuvre
dans tout le discours psychanalytique de Freud à Lacan assène qu'il
n'y a qu'une libido et que de plus, elle est phallique, la
femme désirant le phallus emblème du pénis dont elle est castrée.
On pourrait, à rebours, se demander si elle ne désire pas davantage
la promesse des privilèges associés au phallus ou plus encore, comme
le fait Antoinette Fouque, si le patriarcat ne trouverait pas son
fondement dans le refoulement du désir d'utérus chez les hommes, désir
d'enfantement charnel dont témoigne tout le vocabulaire pro-créatif
de la création artistique (21).
Parmi les vertiges et prodiges de la psychologie darwinienne, on peut
ainsi citer, au hasard, la possibilité que l'orgasme copulatoire des
femmes soit un progrès évolutif leur permettant de "contrôler
la paternité" du meilleur père génétique qu'il est leur
est possible de donner à leurs futurs rejetons, l'orgasme
masturbatoire leur permettant, a contrario, de limiter leur
fertilité lors des rapports sexuels subséquents... ou encore,
l'hypothèse du caractère adaptatif du viol "trop fréquent
pour être pathologique" (22).
La biologie évolutive ne relève-t-elle pas davantage des phantasmes
(masculins) que de la science ? Et ce, nous apparaissant d'autant plus
ostensiblement qu'il s'agit non pas de drosophiles mais d'êtres
humains dont elle s'acharne à naturaliser les inégalités de genre ?
Qu'en conclure ? Que les "progrès" de la science (23) font
rage ou que la biologie évolutive darwinienne n'est pas une science
mais bel et bien un système de pensée recyclant idées reçues,
archaïsmes, et constructions socio-historiques pour les métamorphoser
en réalités biologiques et ainsi leur conférer, comme par magie,
une légitimité scientifique ?
Peut-être est-il simplement grand temps de poser les fondations d'une
autre science du vivant en affirmant avec Gérard Nissim Amzallag, que
"c'est un monde nouveau qu'il reste à élaborer. Un monde qui
accepte le divorce avec la maîtrise du réel" (24), un monde
qui renoncerait à toute domination sur ce réel qui comprend non
seulement les femmes (25), mais aussi tous les hommes, quelles que soient
leurs origines. Un monde où la science cesserait de naturaliser
l'ordre social. Il est temps de discourir d'une autre méthode, enfin
humaine parce que véritablement humaniste, d'accéder à la
connaissance.
Catherine Albertini, féministe et chercheuse en biologie à l'Inra (Versailles)
27 juillet 2004
Notes :
1. Pierre
Bourdieu, "La Domination masculine", 1998, éditions du
Seuil, Liber raisons d'agir.
2. "Tous les systèmes de pensée dans toutes les sociétés
fonctionnent avec des catégories dualistes (...) lesquelles se
trouvent connotées du signe du masculin et du féminin.(...) Cela
dit, il n'y a rien là que la reconnaissance de l'altérité, de la
différence duelle. L'inégalité n'est pas un effet de la nature."
(Françoise Héritier, op. cité).
3. "Autrefois (...) Il y avait trois genres, et non pas deux
comme maintenant, un mâle et une femelle; s'y ajoutait un troisième
genre qui participait des deux autres.(...)un genre androgyne. La
forme de chaque homme était entièrement ronde, deux sexes, deux
visages regardant en sens opposés sur un seul cou, 4 bras et autant
de jambes.(..) Ils étaient doués ainsi d'une force extraordinaire et
d'une grande présomption , ils auraient entrepris d'escalader le ciel
pour s'en prendre aux dieux. Zeus après s'être bien torturé
l'esprit eut alors l'idée de les affaiblir en les séparant en deux
et menaça s'ils persistaient dans leur impudence de les couper encore
en deux jusqu'à ce qu'ils ne marchent que sur une jambe à
cloche-pied." Propos prêtés à Aristophane par Platon dans
"Le Banquet", les intégrales de philo, éditions
Nathan, 1983 pour la traduction française.
4. Le pouvoir est en effet un attribut du masculin, même si tous les
hommes n'ont jamais eu un égal accès au pouvoir, de par les hiérarchies
(sociales, raciales) qu'ils ont instaurées entre eux. De même, l'accès
de quelques femmes au pouvoir masculin, ne rend pas pour autant
celui-ci neutre du point de vue du genre. Pouvoir et absence de
pouvoir étant à la base de la différence entre les genres, le
pouvoir quand il est exercé par une femme ne change pas de nature
mais a toutes les chances d'être davantage questionné et de paraître
illégitime. Il en va de même de la violence féminine considérée
comme une transgression (la violence masculine apparaissant, elle,
comme plus "normale").
5. Catharine MacKinnon, "Feminism unmodified". La
traduction française "Le Féminisme irréductible"
doit paraître en octobre 2004 aux éditions Des Femmes.
6.Il y a
comme ça cinq étapes vers la monstruosité, toutes dues à
l'imperfection de la nature féminine, la cinquième étant une
anomalie tératogène (Aristote, "De la Génération des
animaux." éditions Les Belles Lettres, 1961 pour la
traduction française).
7.Gabrielle
Suchon 1693, "Traité de la morale et de la politique",
cité par Françoise Héritier, op. cité.
8. 1748-1793,
révolutionnaire, elle écrivit "La Déclaration des Droits de
la Femme et de la Citoyenne" et mourut guillotinée pour
avoir manifesté sa réprobation lors de la condamnation à mort de
Louis XVI
9. 1759-1797,
elle écrivit "A Vindication for the Rights of Woman"
en 1792 et mourut en donnant la vie à Mary Shelley auteure de "Frankenstein,
or the modern Prometheus" édité en 1818.
10. Le féminisme, en tant qu'il est un humanisme, n'est pas un combat
du féminin qui serait, par conséquent, le domaine réservé des
femmes. La domination masculine est un des piliers des structures
sociales et n'est par conséquent, pas intentionnelle, n'est pas le
fait d'esprits malins qui savent ce qu'ils font. Nombre d'hommes ont
lutté (tel Condorcet) et continuent de lutter pour l'égalité des
sexes. De même les femmes, parce qu'elles sont partie prenante de la
société, ne sont pas toujours exemptes de misogynie. Un certain féminisme
qui, par haine de toute figure maternelle, prône l'indifférenciation
entre les sexes, non plus.
11. "Le résultat direct de cette guerre de la nature, qui se
traduit par la famine et par la mort est donc le fait le plus
admirable que nous puissions concevoir, à savoir: la production des
animaux supérieurs. N''y a-t-il pas une véritable grandeur dans
cette manière d'envisager la vie (...) ?" Charles Darwin,
"L'origine des espèces", Flammarion 1992 pour la
traduction française.
12. "La force de sélection dont parle Darwin est aussi
impartiale que les "lois du marché" dans l'économie"
(Gérard Nissim Amzallag, "L'Homme végétal",
Albin-Michel 2003).
13. "L'Origine des espèces" paru en 1859 est une oeuvre
contemporaine du roman autobiographique de Charles Dickens "David
Copperfield", publié en 1849, récit de la misère d'un
enfant qui, orphelin dès son plus jeune âge, travaille à l'usine
pour survivre. Si la compétition est le moteur évolutif par
excellence, alors toute action sur l'environnement, toute tentative de
l'améliorer et/ou de tendre à l'égalité des chances entre
les hommes est inutile, voire néfaste dans un cadre darwinien.
14. Alfred Russell Wallace, co-découvreur de la théorie sélective, ne
croyait pas que la sélection naturelle puisse s'appliquer à l'homme,
"être social et sympathique", il ne croyait pas
davantage à la sélection sexuelle arguant que même dans les tribus
les plus primitives la polygamie est rare et que les femmes ont
rarement le choix de leur conjoint (Patrick Tort, préface à "La
filiation de l'homme. et la sélection liée au sexe"
de Charles Darwin, Syllepse 2000 pour la traduction française). Près
d'un siècle plus tard, Claude Lévi-Strauss établira le lien
structurel qui existe entre le fait que les hommes s'échangent les
femmes entre eux et la prohibition de l'inceste. Il en fera le
principe fondamental des "Structures élémentaires de la
parenté" (1949, PUF).
15. Charles Darwin "La filiation de l'homme et la sélection liée
au sexe", op. cité. Darwin donne aussi une explication
originale à la quasi extinction de populations indigènes dans des régions
colonisées par les européens: "à cause de l'enthousiasme
qu'ils mettent à imiter les Européens, ils ont très tôt modifié
leur façon de s'habiller, et la consommation d'alcool s'est fortement
généralisée. Bien que ces changements apparaissent comme minimes,
je suis prêt à croire, au vu de ce que l'on constate chez les
animaux, qu'ils pourraient suffire à réduire la fertilité des indigènes."
(!!!!)
16. Ainsi
l'histoire de Lise Meitner qui, physicienne, découvrit le
protactinium avec le chimiste Otto Hahn. Elle fut à l'origine de la
théorie de la fission de l'uranium, et dut, parce qu'elle était
juive, fuir l'Allemagne nazie à la fin des années trente, pour émigrer
en Suède d'où elle rejoignit l'Angleterre. Elle n'obtint pas le prix
Nobel qui fut attribué en 1944 au seul Otto Hahn, resté, lui,
tranquillement en Allemagne. Celle de Rosalind Franklin qui découvrit
la structure en double hélice de l'ADN et se fit, à son insu, piller
ses résultats, par Watson et Crick qui reçurent le prix Nobel en
1962 est également révélatrice de la position précaire et comme
illégitime des femmes en science. Dans un article récent: "Nepotism
and sexism in peer-review" publié par la revue Nature (n°387,
pp341-343, 1997) Christine Wenner et Agnes Wold dénoncent la
condition toujours aussi discriminatoire pour les femmes dans la
recherche puisqu'il leur faut être 2,5 fois plus productives
que les hommes, selon les standards d'évaluation en vigueur, pour
obtenir la même crédibilité c'est à dire la reconnaissance de
leurs compétences par leurs pairs. Isabelle Champion montre que si au
niveau des recrutements de chercheurs dans les institutions publiques,
l'équilibre est quasi atteint (47% de femmes en 2003), il n'y a
cependant que 19% de femmes responsables d'une activité de recherche.
("La recherche à la traîne", Cadres-CFDT, 408,
2004.)
17. Stephen Jay Gould relate l'histoire d'Ernest Everett Just, qui,
brillant embryologiste, ne put parce qu'il était noir, trouver la
place qui lui revenait dans un prestigieux institut de recherche (pour
blancs) dans les années trente, aux Etats-Unis. "Un hérisson
dans la tempête" 1994 éditions du Seuil pour la traduction
française. Sur le racisme des généticiens et des anthropologues au
XIXe et XXe siècles lire"La société pure de Darwin à
Hitler" d'André Pichot, Flammarion 2000.
18. Sur l'influence des idées darwiniennes dans la pratique active de
l'eugénisme au cours du vingtième siècle, en Occident, on peut se
reporter à André Pichot, op. cité.
19. Les
femmes seraient donc à l'origine du patriarcat qui les a elles-mêmes
privées jusqu'à récemment encore en Occident - et qui continue de
les priver dans nombre de régions du globe - du statut de personne
humaine à part entière capable d'autonomie et de décider par et
pour elle-même. Les femmes n'ont probablement jamais exercé de sélection
sexuelle pour la bonne et simple raison que le choix féminin
du conjoint n'est toujours pas la règle, mais bien une exception,
dans le monde (voir Claude Lévi-Strauss, op. cité).
20. Quant à l'homosexualité féminine et à sa possible origine moléculaire
(!), elle semble si peu intéresser l'auteur qu'il ne l'évoque même
pas.
21. Antoinette Fouque, "Il y a deux sexes", Gallimard,
2004.
22. Dans "The
Evolution of human sexuality" (Trends in Ecology and
Evolution. 1996, 11, 98-102), Randy Thornhill et Steve W. Gangestad
avec un scientisme confondant, assimilent ainsi les caractères
culturels des sociétés humaines, où valorisation de la violence et
licéité associée à la sexualité masculine favorisent le passage
à l'acte chez certains hommes, avec un quelconque déterminisme
biologique, et pérorent sur la balance coût/bénéfice du viol
("coerced sex") pour les hommes !
23. "Le terme science est réservé à des domaines où le
"progrès" est évident." (Thomas Kuhn, "La
Structure des révolutions scientifiques", Flammarion, 1983
pour la traduction française).
24. Gérard Nissim Amzallag, "La raison malmenée, de
l'origine des idées reçues en biologie moderne", éditions
du CNRS, 2002.
25. Domination qui ne relève pas que de la violence symbolique. Dans le
numéro de juillet 2004 du Monde Diplomatique, Ignacio Ramonet sous le
titre "Violences mâles" rappelle que les brutalités,
au sein du foyer, sont devenues, pour les européennes de 16 à 44
ans, la première cause d'invalidité et de mortalité avant les
accidents de la route ou le cancer et que, plus de 600 femmes meurent
chaque année sous les brutalités sexistes dans le cercle familial
dans l'Europe des quinze (d'avant l'élargissement à vingt-cinq).
Voir aussi le rapport d'Amnesty International "Mettre fin à
la violence contre les femmes, un combat d'aujourd'hui",
Londres, 2004.
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