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La puissance du mouvement a déjà imposé la liberté de la contraception à un régime devenu trop faible pour " tenir " sur tous les fronts face aux exigences et aux luttes populaires : la victoire sur l'avortement est à portée de la main. Pour le MLAC cela veut dire d'abord
- Renforcer la lutte pour imposer la seule loi acceptable.
- Renforcer la lutte pour que notre victoire ne soit pas confisquée su profit des médecins trafiquants qui aujourd'hui profitent de l'interdiction, et demain, si la loi de 1920 est abrogée, profiteront de la pénurie d'équipements hospitaliers et de toutes les restrictions possibles, comme en Angleterre ou en Hollande.
- Renforcer la lutte pour que le mouvement pour l'avortement et la contraception remporte une victoire qui serve la prise de conscience de toutes les femmes, qui soit la base d'une relance de l'action de masse contre l'oppression des femmes, qui démontre que seules la mobilisation, l'organisation et la lutte paient!
Ce sont ces tâches, ce point de vue commun sur l'avenir du mouvement qui marquaient les assises parisiennes du
MLAC.
Plus d'une cinquantaine de comités, en un jour et demi de débats animés et fructueux, ont fait le bilan de leur activité, de leurs luttes, de leurs difficultés; et ce débat a permis de préciser des axes communs de campagne, d'unifier sur une même tactique générale de lutte des comités ,dont l'expérience et le passé sont des plus divers. |
La pratique des avortements
Le premier problème pratique et politique pour tous les comités était celui de la place de la pratique de l'avortement sous ses différentes formes : méthode Karman pratiquée dans les quartiers par les comités, organisation de voyages à l'étranger, avortements dans les hôpitaux. Les assises ont su dépasser le débat technique qui a traversé le MLAC sur cette question et faire la synthèse des différentes pratiques : il s'agit de maintenir une pratique qui a fait la force du MLAC, parce qu'il prenait directement racine dans les besoins sociaux des femmes et les exprimait dans sa lutte politique, mettant ainsi en cause le pouvoir bourgeois.
Il est exclu que les MLAC cessent de pratiquer tant que la loi de 1920 existe. Mais grâce au rapport de force imposé, le pouvoir doit aujourd'hui tolérer la pratique de l'avortement dans les quartiers, et essaie en même temps de neutraliser son efficacité comme arme de lutte.
Il faut donc d'abord renforcer l'agitation politique autour de la " pratique ", rendre publiques les permanences et leurs activités, en faire une base d'initiatives et d'explications pour dénoncer le scandale de l'avortement clandestin. Donner à une femme les moyens d'avorter, cela doit lui rendre service à elle, mais surtout et toujours servir à tout le mouvement, accélérer la victoire, servir à la prise de conscience de milliers de femmes.
Dans les comités, certains camarades étaient prêts à renoncer à la pratique : la plupart parce qu'ils constataient qu'on " a du mal à retrouver les femmes après ", ils tiraient ainsi le bilan d'une activité trop souvent entièrement limitée à la pratique de l'avortement. Le problème réel est que l'avortement en soi n'est pas une libération, qu'il ne s'agit pas de créer des réseaux toujours plus vastes de femmes s'avortant mutuellement et collectivement mais bien de faire participer autant que possible les femmes " avortées " à la lutte, en faisant de chaque avortement pratiqué, de chaque voyage, une lutte politique, une activité publique de dénonciation, une action collective.
En liaison avec le personnel hospitalier
Il faut ensuite porter la lutte et imposer l'avortement dans les structures hospitalières : c'est là que nous exigeons qu'il soit pratiqué parce que là il est impossible de le tolérer en faisant comme si cela n'existait pais, comme l'expliquait Poniatowski quand il était ministre de la Santé.
Cela pose plusieurs problèmes. S'il est d'abord essentiel d'imposer les avortements dans les hôpitaux, cela ne peut pas se faire par des actions commandos, mais en liaison avec le personnel hospitalier qui vit doublement le problème de l'avortement : parce qu'il est composé en majorité de femmes et parce qu'il est quotidiennement confronté à toutes les femmes qui se sont avortées dans les pires conditions et finissent par se retrouver blessées, meurtries, parfois mourantes à l'hôpital qui accepte alors seulement de s'en occuper.
Il faut développer dans l'hôpital un rapport de force face à la hiérarchie médicale, organiser des MLAC et sur cette base imposer et rendre publics dans la mesure du possible des avortements pour le personnel et les femmes du quartier. Le début des assises a mis en valeur le fait que, tout en critiquant les actions de " déclenchement " (commencer un avortement sur une femme qui ne peut être avortée par la méthode Karman parce que la grossesse est trop avancée et l'amener dans un hôpital pour imposer qu'elle soit prise en charge) les comités ont décidé de développer l'action collective des femmes vers des hôpitaux, demandant à y être avortées. Là encore l'essentiel est d'une part que les femmes prennent leur lutte en main, d'autre part, que tout avortement soit une action collective et un moyen de lutte politique.
Avortement libre et gratuit !
Le problème de l'action sur les hôpitaux rejoint le problème central du MLAC pour la rentrée par l'action politique directe et par la mobilisation de masse unifiée et coordonnée, imposer ses objectifs initiaux. Car, si le gouvernement finit par céder sur la loi de 1920, le problème sera loin d'être réglé :
1) Il faut que l'avortement soit réellement gratuit, c'est-à-dire remboursé par la Sécurité sociale. Il faut que le mouvement se donne dès maintenant les moyens de lutter contre les trafiquants, pour prévenir et dénoncer l'extension du trafic financier à grande échelle comme il se pratique aujourd'hui à l'étranger, et pour cela aussi :
2) Il faut que soient mis en place les moyens pour que l'avortement puisse effectivement et partout être pratiqué dans des conditions d'assistance médicale correcte. Cela veut dire lutter dès maintenant avec le personnel hospitalier pour l'installation d'équipements adaptés, pour l'embauche et la formation de personnel dans tous les centres hospitaliers.
Ces quelques éléments de bilan montrent la richesse et l'utilité des débats des assises parisiennes. Elles sont une étape très importante pour le MLAC. Parti de l'initiative de cinq camarades qui formèrent une association (loi de 1901) après le manifeste des 343, le MLAC est aujourd'hui un mouvement de masse vivant, solidement implanté, capable de définir ses propres moyens de lutte sur la base de son expérience.
Un réel mouvement de masse
Alors que beaucoup de comités ne voyaient pas, en décembre encore, la nécessité de la lutte politique centrale, c'est aujourd'hui un besoin pressenti par tous. De la manifestation de masse à Grenoble pour la libération d'Annie Ferrey-Martin, à la campagne nationale pour la projection d' "Histoires d'A ", de la campagne molle et morne de décembre à la manifestation du 20 avril, regroupant 8 000 personnes à Paris en pleine période électorale ; des assises de Grenoble aux assises parisiennes, et surtout à l'exigence qui s'exprime partout d'assises nationales du mouvement à la rentrée : partout la maturation du MLAC, le renforcement de son unité et de sa capacité de lutte, sont passés par l'élargissement de son implantation à la base et par la lutte politique pour la définition de formes de lutte et d'une tactique claire, qui brisent avec toutes les illusions électoralistes ou humanistes.
Aujourd'hui, la force du MLAC c'est à la fois son unité (sur les objectifs et la tactique de lutte), et sa diversité (entre les pratiques locales, entre les diverses forces qui le soutiennent et y participent à la base). Pendant la période électorale, cette unité et cette force n'ont pu être maintenues que grâce à la volonté de lutte du mouvement (notamment le maintien de la manifestation du 20 avril malgré le désaccord du Bureau national).
A la rentre, le MLAC va rencontrer à nouveau le même type de problèmes que pour le 20 avril
alors qu'on entre dans une phase décisive de la lutte, un débat de l'ensemble du mouvement qui définisse la tactique de lutte commune. Et sur cette base, il faudra mettre en place une direction démocratique représentative, donc efficace, pour tout le mouvement : c'est la proposition exprimée par les forces révolutionnaires du Bureau national du MLAC, c'est l'exigence des assises parisiennes.
Face aux manoeuvres réformistes
Les manoeuvres des forces réformistes représentées au Bureau national du MLAC (PS, direction CFDT) viseront sans doute une fois de plus à déposséder le mouvement de la force qu'il a conquise par sa lutte, à en faire une force d'appoint pour les grandes manoeuvres réformistes de l'automne.
I1 n'est pas question pour le MLAC de refuse !'unité d'action, dans la lutte, avec toutes les forces prêtes à se battre pour l'avortement libre et gratuit, mais il est encore plus sûr que le MLAC est constitué par ces comités locaux, que c'est à eux de se doter d'une direction démocratique, de définir leurs perspectives ; que c'est à eux de décider, sur la base de l'expérience acquise, de leurs campagnes et initiatives, sans que des forces réformistes puissent s'arroger le droit de
veto sur leurs décisions et nuire ainsi à la lutte du mouvement.
De ce point de vue, les dernières assises parisiennes du MLAC sont une étape importante dans la prise en charge par le MLAC de sa propre expérience et de sa propre direction.
Révolution! #62 5 juillet 1974
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