- Interview de Susie Bright -


Bonjour Susie pouvez vous vous présenter et dire aux féministes françaises qui vous êtes ?

A l’époque où j’habitais dans le Languedoc, quand ma fille était encore bébé, mes amis dans le village me présentaient en disant "c’est cette fille assez gentille, qui fait des livres sur le sexe… vous savez, pour les américains". L’expression sur leur visage me donnait l’impression que j’aidais les Américains a surmonter leur "handicap".
Ça me faisait rire, parce que c’est vrai, mais je n’étais pas totalement de connivence, parce que la France ne m’avait pas l’air d’une sorte d’utopie de la libération sexuelle ou de l’égalité des sexes ! Un tel endroit n’existe pas sur terre, malheureusement.
J’écris des livres sur le sexe, et la politique sexuelle. J’édite et je rédige une collection de référence de littérature érotique. Je suis une militante politique de gauche dans beaucoup de domaines. Je produis et je présente une émission radio qui s’appelle "In Bed with Susie".
En tant qu’écrivaine et enseignante, je suis critique de pornographie, et j’ai apporté de nouvelles idées en ce qui concerne la critique culturelle de la représentation sexuelle. J’ai lancé le premier magazine lesbien dans les années 80, On Our Backs, qui était assez révolutionnaire à l’époque. Je suis bisexuelle, je vis avec un homme, mon partenaire, et ma fille adolescente.

Pourquoi avoir choisi de parler de sexe ?

Ce n’était que la continuation logique de mon militantisme politique, qui a commencé au lycée dans les années 70. J’étais une féministe adolescente, je me battais pour la contraception, le droit à l’avortement, et pour que les jeunes femmes obtiennent leur indépendance sexuelle vis-à-vis du contrôle parental... Au fur et à mesure que le mouvement a pris de l’ampleur, les femmes ont commencé à parler d’autres problèmes liés au sexe. Au début tout le monde était tellement intéressé par les idées de base, comment avoir un orgasme, ou prendre le pas sur l’homme sexuellement, etc. Mais ensuite nous avons commencé à parler de ce qui nous excite, nos imaginaires sexuels, et c’est devenu bien plus sujet à controverse! Je me suis rendue compte qu’il y avait des éléments dans le féminisme qui ne tenaient pas compte de la sexualité humaine, et qu’un véritable débat sur ce que pouvait être le véritable pouvoir sexuel des femmes était. Vous savez, je suis tellement vieille aujourd’hui, que ma passion m’a amenée sur différents chemins. J’ai essayé de les résumer sur susiebright.com, allez y jeter un coup d’œil!

Vous dites qu'il faut éduquer les adultes au sexe. Ne pensez-vous pas que c'est déjà tard et que mieux vaut commencer avec les enfants et les ados ?

Je vous concède qu’on peut avoir un impact plus important sur la vie des gens lorsqu’ils sont jeunes, j’avais bien sûr cela à l’esprit quand j’ai élevé ma propre fille. Mais j’ai été élevée dans une tradition catholique, très craintive et honteuse de tout ce qui a trait au sexe. Je suis tellement heureuse d’avoir rencontrée des gens et lu des livres qui ont changé tout ça dans mon adolescence ! Mes expériences les plus puissantes et les plus enrichissantes sont arrives à l’âge adulte. La maturité intellectuelle, la sagesse… tout cela vient quand on vieillit. Donc il n’est jamais trop tard !

Vous parlez du puritanisme américain et avez choisi de le combattre. Pensez vous que votre combat soit nécessaire dans des pays comme la France apparemment plus ouverts sur le sujet, et moins répressif ? vous dites : "Sexual expression is THE most repressed form of American speech". Selon vous, pourquoi réprimer et interdire le fait de parler de sexe ? Sont-ce des raisons religieuses et/ou politiques ?

Je comprends les aspects protestants et très américains du puritanisme. Mais ça va plus loin que cela ! Une des caractéristiques fondamentales du Puritanisme est le sexisme, et le point de vue patriarcal que le PÈRE doit être à la tête de la famille, que les femmes et les enfants sont ses sujets qu’il doit diriger et contrôler. C’est une idée très ecclésiastique, comme vous le savez...
De la même façon, le capitalisme, en tant que système social, est vraiment catastrophique pour la sexualité, et pour les envies créatrices en général. Notre éthique de travail incite à la compétition poussée à l’extrême, et considère le plaisir comme une simple commodité.
J’aimerais m’exprimer sur ce que j’observe à propos de la France, sans vouloir jouer les je sais tout, justement parce que je ne sais pas tout! Comprenez que ce sont mes commentaires en toute humilité.
Bien sûr j’ai apprécié la façon détendue dont les Français ne rejettent pas des choses comme la nudité, ou la façon dont les gens acceptent qu’on puisse avoir des relation sexuelles dans la vie de tous les jours. Les parents peuvent faire des blagues en face de leurs enfants, ce n’est pas un problème. J’ai apprécié le fait que personne n’ait essayé de tuer un ou une autre parce qu’il ou elle a des relations sexuelles. Les hommes étaient plus à l’aise avec d’autres hommes, physiquement, même se montraient affectueux. J’adorais ça!Néanmoins, j’étais attristée de voir toutes ces femmes organiser leur rythme de vie au bon vouloir et autour des disponibilités de leurs maris, à un tel point que les possibilités et les rêves des femmes passaient au deuxième plan, bien bien après…
Les filles et les femmes ne sont que des citoyennes de second rang, point final, et ce genre de choses est accepté. On attend d’elles qu’elles se préoccupent de leur féminité et de leur beauté et qu’elles soient au service des hommes. Elles ne sont pas sensées se plaindre si on ne vante que les qualités intellectuelles de leur frère ou si leur mari est un gros bébé qui a besoin qu’on l’entretienne constamment. Elles doivent être une copine plaisante, ou une mère aimante… oh, ça me rendrait folle ! Et les femmes ont du mal avec la sororité en dehors de la famille, parce qu’il n’y a pas de bases matérielles pour ça… les femmes ne soutiennent pas les autres femmes.
Alors, est-ce que les hommes sont sexistes aux USA ? Bien sûr. Mais de plus en plus de gens se rendent comptent de l’injustice, et que les femmes n’ont pas à s’en accommoder en souriant. Les femmes sont plus "arrogantes" si vous voyez ce que je veux dire... plus rebelles contre le rôle traditionnellement imposé aux femmes.
Tiens, j’ai une question pour vous… l’année dernière, un livre français a été publié aux USA, et tous les journaux en ont parlé. C’étaient les "mémoires" d’une célèbre critique d’art française, qui avouait avoir baisé un million d’hommes, partouze après partouze. C’était sensé être érotique. Je n’ai jamais rien lu de moins "érotique" ! Cette pauvre femme allant de lit en lit, sans avoir d’orgasme ou le moindre plaisir sexuel ! Pourquoi elle a fait ça, elle ne le dit pas. Même si elle était masochiste, et qu’elle avait décrit ça, ça aurait au moins été intéressant ! Qui était cette femme ???? C’est ça la libération sexuelle en France ? ça m’a vraiment dégoûté.

J'ai tendance a trouver les films pornos extrêmement puritains. Chaque acte y est montré comme sale et transgressif, comme si on tendait de culpabiliser les gens de regarder ce genre de films et d'aimer ce qui s'y fait. Que pensez vous du porno ? pensez-vous qu'il y ait du porno peut-être moins connu et moins commercial qui mériterait d'être mis en avant ?

J’ai moi aussi ressenti cela devant les premiers pornos que j’ai vus. Mais quand j’ai commencé à les étudier, et que j’avais visionné des centaines d’exemples de différentes époques, différentes origines, différents réalisateurs… je me suis rendu compte qu’il y avait une variété énorme, et qu’il est impossible, voire naïf, de tout ranger dans le même groupe. Ça reviendrait à dire que toute la nourriture du monde est mauvaise, parce qu’on est allé une fois au McDonalds.
Certains films érotiques sont bases sur la titillation, d’autres sur l’anti-titillation. Certains sont de la satire, d’autres sont discrets, certains faits par des femmes d’autres par des militantes, des groupes qui se sentent mis de coté… c’est tout ça.
Malheureusement, on pioche les pièces les plus banales dans les grosses productions, tout comme dans la mode on ne voit que quelques créateurs, Hollywood ne met en avant que quelques célébrités ennuyeuses… Les bonnes choses sont plus indépendantes…

Beaucoup de féministes pensent que le sado masochisme n'est jamais réellement consentant et n'est que l'impression d'un conditionnement. Par la même, même si une femme a du plaisir en étant soumise, elles estiment qu'elle doit se débarrasser de ce genre de conditionnement. qu'en pensez vous ?

Pour comprendre le SM, il faut avoir des bases en sexologie, psychologie, théâtre, et persuasion. Bien sûr que personne de sain d’esprit ne peut être vraiment excité par des abus non-consentants. On peut créer une scène avec une sensibilité forte, des émotions bien réelles, avec du respect et des limites pour qu’une conclusion heureuse soit atteinte. Le SM érotique est écrit à l’avance, et précis… ce n’est pas quelque chose dans lequel on se laisse emporter sans de vrais accords ou de vraies limites.
Ce n’est pas une dérive abusive ou dégradante des conventions hétérosexuelles dans laquelle la femme doit se mettre à disposition de son mari sans le moindre recours ou la moindre mot à dire.
Les gens qui pensent que le sexe coquin est incompréhensible doivent être éduquées, et ouvrir un peu leur esprit ou leur cœur. C’est comme les hétéros qui trouvent l’homosexualité "perverse". Ils n’en savent rien, mais leurs préjugés l’emportent !
Quand quelqu’un n’est pas comme moi sexuellement, j’essaie de comprendre d’où ils vient. Je ne ferais pas de raccourcis en jugeant ses fantasmes.

Vous avez posé comme modèle. Cela vous a-t-il valu des critiques de la part d'autres féministes ? Qu'auriez vous à leur répondre ?

C’est amusant, on ne m’avait jamais qualifié de "modèle" auparavant! J’ai été sujet de photographies bien sûr, mais ça a été en général avec des collègues ou des gens avec qui je travaillais. Je me préfère derrière l’objectif en fait ! J’aime créer des photographies, surtout avec des images que je trouves nouvelles, qui disent des choses qui me concernent.
Je n’ai vraiment été “modèle” qu’UNE seule fois, et c’est une expérience si mauvaise que j’en suis restée choquée… avec Vanity Fair. Je me suis rendue compte que c’était juste comme ça que sont les choses, et j’étais surtout choquée parce que j’avais travaillé avec d’autres artistes/pairs/féministes plus évolués avant cela. Cette session avec Vanity Fair, ils ne m’ont rien demandé, rien dit, ils m’ont utilise comme un accessoire. Le photographe s’est assis sur ma poitrine, et a commencé à me raconter des blagues racistes. Je n’ai pas pu dire quoique ce soit… je l’ai envoyé paître, et je suis partie. C’était dégoûtant. Si ça c’est être un "modèle", je les emmerde.
On ne m’a jamais ô grand jamais traitée comme ça dans une séance de photos érotiques. Je me considère comme partie intégrante de la prise des photos autant que du résultat final.

Certaines féministes, comme Monique Wittig, mettent l'hétérosexualité ou le straight mind comme pivot centre de la domination des femmes. Qu'en pensez-vous ? Que pensez-vous de la célèbre phrase de Wittig "lesbians are not women" ?

Je ne connais pas trop cette phrase, qu’est-ce que cela signifie ? Est-ce qu’elle veut dire par là que les lesbiennes se sont sorties du carcan d’avoir à toujours demander l’accord de l’homme ? Être lesbienne libère vraiment les femmes de l’idée de "vertu" comme une récompense dans leur vie. Elle ne risque plus d’être considérée comme une vierge ou une pute. Elle vit bon nombre de concepts sexuels libérateurs, qu’elle pourrait en fait apporter au lit avec un homme si elle le voulait. Je ne pense pas que "les femmes qui baisent les hommes" soit le problème, physiquement parlant. Je ne pense pas que l’attirance hétérosexuelle soit le problème non plus ! C’est le sexisme, l’inégalité, le patriarcat, c’est ça qui fait mal! C’est une telle institution que beaucoup de gens l’acceptent comme un fait. Je ne suis pas de ces gens-là. Je me délecte des façons dont les hommes et les femmes trouvent des moyens de s’échapper de ce piège, de refuser les vieilles traditions.

Dernière question; aucun de vos livres ne semblent traduits en français. Pensez vous qu'ils s'adressent a un public avant tout américain ou n'avez vous pas encore eu l'opportunité de les faire publier en France ?

J’aimerais aussi en connaître les raisons! Ça a été très difficile de résumer ma vie et ma philosophie dans cette petite interview… ça ne me rend pas justice.
Certains de mes travaux n’auraient pas grande signification pour les Français, parce que c’est écrit pour les Américains… mais beaucoup seraient bien acceptés, je pense, et susciteraient probablement un certain intérêt. J’aimerais bien trouver un éditeur français qui travaillerait avec moi à choisir les histoires les plus intemporelles et les plus adaptées à la culture française.
J’ai beaucoup appris en France à propos de l’amitié, de la beauté, de bien vieillir et de la grâce. Les gens avaient une idée du temps et du lieu tellement expressive et sage. Tout ce qui est lié à l’art est tellement plus respecté que cela ne l’est ici. Ça me manque terriblement ! Mes amis aussi me manquent… ils étaient si patients avec moi…

Mathilde

Site officiel : http://www.susiebright.com

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Hello Susie, can you tell French Feminists who you are?

When I lived in Languedoc, when my daughter was a baby, my new friends in the village would introduce me by saying, "She is that rather sweet girl who writes about sex-- you know, for Americans."  The look on their face was that I was trying to help Americans with their "handicap."
That made me laugh, because it is true, but I would also feel like a little defensive, because I didn't think France was some utopia of sexual liberation and gender equality! There is no place like that on this earth, unfortunately.
I write books about sex and sexual politics. I write and edit an influential series of books of erotic literature. I'm a leftwing political actvist in a lot of areas. I produce and host a radio show called "In Bed with Susie Bright". I critique pornography,  as a writer and teacher, and innovated a lot of the current cultural critiques of sexual representation.  I started the first lesbian sex magazine, in the 80s, called On Our Backs, which was quite revolutionary at the time. I am bisexual, I live with a man,my partner, and my teenage daughter.

Why do you choose to talk about sex?

It was a natural extension of my political activism which beggan in high school in the 1970s. I was a teenage feminist, I was agitating for birth control, abortion access, young women having sexual indepence from their parent's control....  as the movement developed, women started to talk about other issues about sex.
At first everyone was so interested in the basics, like how to have an orgasm, or stand up to man sexually, etc.  But then we started to discuss what aroused us, our sexual imaginations, and that got much more controversial !
I realized that I thought there were elements in feminism which were ignorant of human sexuality, and that there needed to be an open discussion about what women's sexual power could really look like. You know, I'm SO OLD at this point, that my passion has taken me a lot of directions. Please look at my web site, susiebright.com, for more info!

Isn't a little late to educate adults about sex... better to start when they're young ?

I agree with you that you can make a huge difference in someone's life when they are young, that certainly has been on my mind as I've raised my own daughter.
But I was raised Catholic, very fearful and ashamed about sex. I am so glad that I met people and read books in my adolescence that changed all that! And some of my most powerful consciouness-raising experiences have been as adult. Intellectual growth, wisdom... all these things come with age. So it is never too late!

You talk about American puritanism and you want to fight it. Do you think sucha fight is necessary in a country like France, which is more open? According to you, why would anybody repress and forbid talk about sex? Are there religious or political reasons?

I understand the Protestant and peculiarly American aspects of Puritanism. But that is not all there is to it !
One of its fundamental aspects of Puritanism is sexism, and the patriarchal point of view that the FATHER is the head of everything, and the women and children are his infants to direct and control.  This is a very church-y idea, as you know.
Also, capitalism, as a social system, is really catastrophic for sexuality, and all creative impulses. Our work ethic promotes compeition to a cut-throat degree, and makes pleasure into a mediocre commodity.
I want to say what I observe about France, without sounding too much like a know-it-all, because I am not!  Please take my comments with some humilty on my part.
Of course I enjoyed the casual attitude that the French have toward things like nudity, or the acceptance that people have sex in the course of their lives. Parents can joke about it in front of their kids; it's no big deal.  I appreciated that no one wanted to KILL someone for being sexual. Men were more comfortable with other men physically, affectionate. I loved all that! However, it was painful for me to see how women had to organize so much of their lives around their men's desires, their men's identities, in a way that pushed teh women's abilities and dreams to the far, far background. 
Girls and women are just second class citizens, period, and that's more accepted. They are supposed to focus on their femininity and beauty and service to men as best they can.  They are not supposed to complain if their brother is promoted intellecutually, or their husband is a big baby who has to be catered to every single minute.  They have to be the pleasing girl or the doting mother.... oh, I would get so mad!  And women have a hard time with sisterhood outside their family relations, because there is no material reason for it... women do not promote other women.
Now, are men chauvinists in America?-- of course. But there is more awareness that it is unfair, and that women are not supposed ot put up with it, with a smile on their face. Women are more  "uppity" here, if you know my expression... more rebellious against the traditional feminine role.
Here, I have a question for you... last year, a French book was published in the US that was talked about in every paper. It was the "memoir" of a famous French art critic women, who confessed that she had fucked a million men, one orgy the next. It was supposed to be erotic. I have never read anything less "erotic"!  The poor woman goes from bed to bed, never having an orgasm or any sexual pleasure!  Why does she do it-- she never says. Even if she was a masochist, and had described that, it would have at least been enlightening!  Who was this person ???? Was this considered sexual liberation in France? I was really turned off.

I find most porn films extremely puritan... every act is shown as dirty and transgressive, as if one were striving to make people feel guilty for watching this type of film, and [i think] for loving what it does to them. What do I think of porno? Do I think there is maybe a porno less commericial or stupid that merits a good reason to watch it ?

I also felt this way when i had only seen a few porn movies. But when I really began to study it, and looked at hundreds of examples from different years, countries, directors--- I realized that the variety is enormous, it's impossible, and naive, to lump it all in one group. It's like sayign that all FOOD is bad, because you had the misfortune to eat at McDonalds.
Some erotic movies are based on titillation, others are very anti-titillation. Some are satire, some are sly, some are made by women, by radicals, by groups who feel disenfranchised... there's everything.
Unfortunately, the most banal stuff is pumped out to the mainstream, just like the way that fashion promtoes a few people, or Hollywood promotes a few boring celebrities. The good stuff is more independent...

Lots of feminists think that S/M is bad....not consensual, a brainwashed activity. Along those same lines, can a woman really choose to be pleasured that way without being humiliated?

To understand S/M, you have to have an appreciation of sex, psychology, theater, and make-believe.  Of course no sane person can be aroused by non-consensual abuse.
One can create a scene of intense sensation, vivid emotions, with respect and limits so that only a happy conclusion is reached.  Erotic S/M is scripted, and precise--- it's not somethign you just fall into with no previous discussions or limits.
It has nothing to do with the abuse and degradation of the typical heterosexual conventions where a woman has to service her husband without recourse or complaint.
People who think kinky sex is incomprehensible  need to  educate themselves, to open their hearts and minds. It's like straight people who are prejudiced against homosexuals for their "perversion". They know nothing, and yet their prejudice is so powerful ! 
When someone is different from me sexually, I don't make them into a monster, I try to understand where they're coming from.  I would not be quick to judge by their fantasies.

You have worked as a model. What do you think of feminists critiques fo such modlling, how do you respond ?

That's funny, i have never been called a "model" before!  I have been a subject in front of the camera of course, but it has usually been with friends that I am collaborating with. I prefer to be behind the camera, actually !
I like to create photographs, especially an image that I think is new, says something meaningful to me. 
I have only had ONE traditional modelling experience,a nd it was so bad, it shocked me....with Vanity Fair magazine. I realized afterwards that this was just the status quo, and that I was shocked because I had only worked with other fine artists/peers/feminists before.
This V.F. shoot, they didn't ask me or tell me anything, they treated me like a prop. The photographer sat on my chest and started telling racist jokes. I had no say in anything... when I pushed him off of me, I left. It was disgusting.  If that is what "modelling" is, they can go fuck themselves !
I have never, ever been treated like that in an erotic photography session.  I consider myself an equal participant in the process and the outcome.

Monique Wittig, et. al., say that heterosexualty  has come define the domination of all women. What do you think?  What do I think when she says, "lesbians are not women ?"

I'm not familiar with her comment, what does that mean?  Does she mean that lesbians have escaped the oppression of seeking male approval ?
Certainly the lesbian experience frees a woman from any notion of "virtue" being her reward in life.  She is not reduced to a virgin or a whore. She experiences a lot of liberating sexual concepts, which in fact, she can take back to a man's bed if she wanted to.
I dont' think "women fucking men" is the problem, physically. I dont' think heterosexual attraction is the problem!  It's the sexism, the inequality, the patriarchy, that's the sting!  It's such an institution that many people take it for granted. But I do not. I rejoice in the ways that men and women find ways to get out of the trap, to refuse to accept the old oppressive traditions.

Last question..None of your books seem to have been translated into French.... Why?

I want to know why too!  It's been very difficult to cram my entire life and philosophy into this brief interview...it doesn't do much justice. 
Some of my work would be irrelevant to a French audience, b/c it is about an American headline... but a lot of it would be well-received, I think, and of interest. I would like to find a French editor to collaborate with me on picking out some of the more timeless nad culturally relevant stories I have written.
I learned a lot in France about friendship, beauty, aging wisely, and grace. People had a sense of time and place that was so expressive and wise. Everything connected with art was so much more respected than it is here. I crave that!  I miss my friends terribly... they were so patient with me.

Mathilde

Site officiel : http://www.susiebright.com