- Féminisme pro-sexe -
Traduction d'un texte de Lisa Johnson consultable ici pour la version américaine Nan Bauer Maglin & Donna Perry, "Bad Girls"/"Good Girls" : Women, Sex & Power in the Nineties La génération X fait les guerres du sexe. Le monde oblige les femmes –
même aujourd’hui dans cette bien nommée ère post féministe – au silence sur le sexe, à la modestie sociale apparente,
et au contrôle de soi et ses fantasmes. Jane Sexes It Up (littéralement Jane Le relève avec du Sexe) – un livre
de confessions et excentricités (le pendant US du Catherine Millet ?) – commence avec cette reconnaissance des vraies limites qu’une
femme rencontre lorsqu’elle veut parler de sa sexualité sans que cela la mette en danger physique et/ou l’exile de la vie sociale. Avant de tout dire – en pleine "paillardise", si vous voulez – je veux pointer les difficultés rencontrées. Chaque essayiste contribuante se livre au monde, nue et exposée, non pas parce qu’elle pense qu’elle peut parler tranquillement et franchement du sexe, du désir, des corps et de ses histoires personnelles, mais parce qu’elle sait que ce n’est pas sans danger. Vivre dans une culture de viol souligne le courage et le sérieux d’essais qui pourraient autrement être pris comme un jeu désinvolte, sans relation historique, privilégié du post féminisme. Nos écrits sont un jeu, mais un jeu malgré, et en résistance, à un contexte de danger et de prohibition, pas l’imagination irréfléchie qu’il n’existe pas. Les jeunes féministes, en particulier, sentent les bords de l’histoire féministe frotter contre les contextes culturels conservateurs dans lequel nous déployons nos vies ; nous vivons au milieu de la contradiction d’un mouvement politique qui affirme et encourage les expressions sexuelles de femmes et/ou des sexualités alternatives et du « monde réel » avec les lieux de travail, familles, communautés qui continuent de juger durement les femmes lorsqu’elles parlent de sexe, plus encore lorsqu’il s’agit d’actes considérés comme déviants et de complexes imaginations érotiques. L’esprit de Jane Sexes It Up
ainsi que beaucoup de ses propos, apparurent sur la scène des féministes nord-américaines il y a plus de cent ans sous forme de controverses entre les
Activistes Sociaux Puritains (contre la prostitution) et les défenseurs de l’Amour Libre (pour les mariages libres (open marriages) et autres expériences sexuelles,
et puis encore, il y a deux décades, à la - maintenant décriée - conférence Barnard du 24 avril 1982 : Le professeur et la Féministe où un conflit surgit
sur quels genres de sujets devaient ou non être abordés qui tournât en une longue guerre de discorde législative entremise par les médias contre les positions
féministes sur le sexe. La Guerre du Sexe féministe se vit une fois encore acculée à l’apparente impasse des femmes se battant pour le plaisir sexuel ou contre
le danger sexuel. PRO-SEX or ANTI-SEX. Les écrits de Carole Vance, Plaisir et Danger : Exploration de la sexualité féminine, une
anthologie d’essais tirée d’une conférence, aurait pu être le canevas de Jane Sexes It up – si nous en avions entendu parler. Mais les idées révolutionnaires sur
les politiques sexuelles souffrent de représentations erronées quand elles ne disparaissent pas des rapports de l’Histoire américaine.
Ce visage du féminisme – bien que nous soyons les inventrices du "smart-ass take no shit anarcha-orgasmic feminist persona Gen X-ers" est
supprimé dans les plus importants médias (je peux seulement commencé à imaginer comment la corporation de sponsors, les positions fragiles des
femmes comme nouvelles journalistes et ancrages dans la profession, et les valeurs de la dominante Famille Américaine répandues comme un gaz toxique
sans odeur dans l’air, convergent pour éliminer cet élément de pensée politique turbulent et insoumis. Quelque soient les conflits existants au sein du
féminisme, la première leçon pour chaque génération doit porter sur les stratégies de représentation (quelles sont nos histoires rapportées, lesquelles ne le sont pas, et pourquoi) ; car c’est souvent contre les représentations d’un féminisme vu comme puritain ou anti-hommes, quand ce n’est pas simplement une folie, – pas contre le féminisme lui-même – que les jeunes femmes s’opposent, par principe, à notre "nouvelle" provocation sexy. Plutôt que d’être obligées au féminisme, la Jane génération signifie reprendre contact avec notre mouvement. Les femmes qui confessent leurs désirs désordonnés dans les pages de ce livre divergent sciemment du chemin des "filles prodigues de la patriarchie" (jeunes femmes fières de leur renoncement tendance au féminisme) pour se forger une identité sexuelle féministe informée (et pas emprisonnée) par les écrits des femmes qui nous ont précédées. Le Féminisme – souvent illustré par les jeunes femmes comme une professeure un peu coincée qui aurait juste besoin d’être baisée – est un vocable que l’on veut s’arroger pour ce qu’il y a d’intelligent et sexy en nous. Un thème émerge de plusieurs écrivaines qui arrivent de plusieurs chemins,- portant sur la même négociation entre les plus tranchantes critiques féministes des politiques sexuelles d’une part et de ses allez au diable libertins de l’autre -,
trouvant des fragments de désir et d’indignation dans les deux cas, raccommodant ce qui est utilisable du passé.
L’introduction au Plaisir et Danger de Vance témoigne de plusieurs répétitions de ce genre, comme une résistance, de notre part et avec elle, contre la
perte du plaisir sexuel qui devient ainsi le "coupable grand secret entre féministes". Les jeunes femmes définissent nos vues en partie selon la liberté sexuelle léguée par la seconde
vague féministe qui a rompu les normes entourant le corps, déséquilibrant les rôles rigides de genre et, observant peu, s’il y en a, les limites de notre parole
en tant que créatures érotiques. Germaine Greer peut avoir dépassé ses jours de "Madame, aimez votre con", mais nous nous sommes en plein au milieu des nôtres. Au cours d’une table ronde, en 1999, où se trouvaient les Lumières féministes du Sexe Positif : Betty Dodson, Susie Bright, Sallie Tisdale et
Nancy Friday Nerve.com, un membre d’un fanzine Internet très célèbre de « grivoiseries littéraires », demandât : "Comment conciliez-vous votre féminisme (ou bien vos convictions - quel que soit le nom que vous leur donniez – sur le sexe et le genre) avec les rôles féminins plus traditionnels, comportements, fantasmes, positions et exclamations que vous pourriez avoir (et peut-être même apprécier) dans la chambre à coucher ?" Susie Bright (alias Susie Sexpert, une chroniqueuse régulière à Playboy) répondit : Quelle étrange question. Je pense que vous voulez dire : comment pouvez-vous être une féministe à la fois dans un Conseil d’Administration et une femme soumise dans la chambre à coucher ? Est-ce cela ? Je n’ai pas à « concilier mon féminisme », comme ce serait ridicule ? Je défierais mon féminisme et lui demanderais de s’accrocher et de s‘entendre avec la sexualité humaine ? Mon testament littéraire entier et écrit est à ce sujet. Je ne m’assois pas sur mon lit avec mon gode essayant de rationaliser quoique ce soit ! Semblable réponse de la part de Sally Tisdale : "Il fut un temps, je pensais qu’être féministe signifiait l’élimination de toutes pensées de soumission. Je n’ai pas pu : je ne l’ai pas fait. J’aime les positions de soumission et les joue de temps à autres – Je ne vois plus du tout cela comme un but ou quelque chose qui ait encore besoin d’être analysée." Séduisante cette image de la femme qui jette son féminisme à l’autre bout de la chambre comme une gaine-culotte ! Mais aussi braves et présomptueuses que ces femmes puissent être, aussi pleines d’allure que leur modèle de liberté sexuelle incritiquable soit, leur perception de la sexualité qui n’ "a plus besoin d’être encore analysée" provient, je suppose, de la sagesse de l’expérience plutôt que d’un changement culturel largement répandu ; en fait, elles passent sous silence un vrai conflit dans la vie de beaucoup de femmes ; spécialement celles d’entre nous vivant loin des grandes villes et de leurs cultures du sexe positif, encore plus pour celles qui étaient encore dans les petites classes en 1982 quand le Congrès Barnard vit ses premières échauffourées verbales au sujet du sexuellement correct parmi la seconde vague des féministes. Aussi fou que cela puisse paraître, les féministes de la X Génération sont assises sur leur lit rationalisant nos godes. Inversement, la critique négative du sexe – qu’y a-t-il de mal à baiser – a fait preuve de beaucoup de créativité et débattue ardemment. Lire les nouveaux chemins ouverts indubitablement, par Andrea Dworkin de voir le sexe, fait cliquer notre cervelle, marquant ce moment particulier que quelque chose se rongeait juste en dessous de la surface de notre conscience, juste en dessous du langage et qui se révèle en pleine lumière : les écrivaines du Sexe Positif n’ont établi aucune échelle de comparaison pour comprendre ce que nous – comme femmes et féministes - *aimons* dans le sexe. Ou comment gérer les relations entre ce que l’on aime faire et ce qui nous rend amoureuses. Quand suffisamment d'entre nous disent c'est bien aux unes et aux autres
Nancy Friday, Women on Top : How Real Life Has Changed Women's Fantasies Les graines de cette collection, germant bien avant que je n’ai jamais entendu parlé d’une quelconque guerre de sexe, repose dans l’histoire d’une fille appelée Bone, dans ses fantaisies masturbatoires. Elles ne sont pas ce que vous voudriez nommer "appropriées". En elles, ce qu’elle veut et ne veut pas se trouvent tortillées ensemble dans de surprenantes configurations. Bone a été abusé sexuellement par son beau-père et se raconte des histoires qui renvoient à ces abus mais, cette fois, sous son contrôle, transformés en quelque chose d’érotique. L’histoire de Bone, Bastard out of Carolina par Dorothy Allison, est plus qu’un récit d’abus, invoquant le pouvoir de transformation de l’imagination érotique s’emparant de l’environnement abusif pour en faire un matériel d’évasion : fantasme, masturbation, orgasme. Quoique même avec cette interprétation, je me révèle devant un public féministe sur le désordre humide de ma réponse à ce livre. Je recule d’horreur devant "mon moi abyssal, mon enfer". Reconnaissant le désir comme aussi bien construit socialement et au-delà la construction sociale, Allison insiste sur le fait qu’une place doit être faite aux désirs des femmes – même lorsqu’ils sont laids, inexplicables, effroyables – et je la crois. De temps à autres, la meilleure chose que le féminisme peut dire à une femme c’est : "Sois plus indulgente avec toi, Fifille. Tu n’as pas à te comprendre à chaque moment. Aucun besoin de te comparer à une quelconque structure abstraite qui serait appelée "c’est comme cela qu’il faut être". Dans un essai, titré Silence public, Terreur privée, Allison se réfère directement à ce thème dramatisé avec tant de succès dans sa fiction, demandant un regard honnête sur "Comment vivons-nous tous notre sexualité". Elle tend ses mains nues, reconnaissant certaines de ses solitudes pour dire "nous sommes toutes affamées du pouvoir du désir et nous en sommes toutes terriblement effrayées". Malgré ma conviction que nombre de
féministes rejoindront la culture actuelle pour condamner les désirs confessés dans ces pages, Jane Sexes It Up - pousse le sexe positif à l’intérieur
d’une culture qui diabolise la sexualité, et - radicalise le sexe, dans un mouvement politique qui est connu pour faire le choix d’une moralité à tout crin par-dessus
les sons gutturaux. Nous poussons en avant ce féminisme "impropre", dans l’esprit de Bone, l’enfant fictive mais familière, l’enfant en dedans de nous toutes,
qui combat les abus empilés sur son corps avec les histoires de sa propre création.
Lys SITES FÉMINISTES PRO-SEXE : |