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Résumé de : Mathieu (Nicole-Claude), L'anatomie politique, Catégorisations et idéologies du sexe,
éditions côté-femmes, 1991, 291 p.
Première partie : le sexe, évidence fétiche ou concept sociologique ?
Chapitre 1 : notes pour une définition sociologique des
catégories de sexe
La connaissance en sciences sociales dépend d'une structure de pensée propre à la société qui la produit.
I Trois variables fondamentales...
Les catégories de sexe constituent une des trois variables fondamentales utilisées en sociologie et en psychosociologie.
Ces trois variables : sexe, age ou classe sociale ne bénéficient pas de la
même rigueur ou du même statut.
1. Définition sociologique
Les sociologues ont eu une grande rigueur face à la classe sociale ;
une problématique tendant à définir ces groupes dans leurs rapports réciproques
a été établie.
Face aux catégories de sexe et d'âge, il y a eu moins de rigueur et les rapports
biologiques/sociologiques demeurent, même si c'est moins vrai pour l'âge.
Avec l'âge on en arrive à penser qu'il s'agit d'un facteur individuel,
important à prendre en considération dans les études ; on établit maintenant
une réalité globale propre à chaque tranche d'âge.
2. Apparition de la problématique
La problématique concernant les classes sociales est plus ancienne que celle
concernant les âges. Certaines groupes sont plus traités que d'autres :
les jeunes et les vieillards sont plus étudiés que les adultes, les ouvriers que
les bourgeois
etc. II Le discours scientifique autour des
catégories de sexe
Les ethnologues étudiant des sociétés très différentes de la leur, ont été
confrontés à deux sous-cultures spécifiques : l'une masculine et l'autre
féminine. On décrit donc la division existant dans la société dans tous
les domaines ce qui a abouti a
l'impression d'un système duel : dualité mâle/femelle.
Les ethnologues sont arrivés à la notion de sexe social en consentant:
- que la
stricte dichotomie des statuts et des rôles selon le sexe n'est pas universelle,
- sa forme
et son contenu varient selon les sociétés.
Margaret Mead a été la
première à poser une problématique sur le sujet.
La sociologie de la
famille traite de beaucoup de problèmes concernant les catégories de
sexe en tant que catégories sociologiques tels que les rôles descriptifs de
l'homme et de la femme, les relations entre les pères et enfants ou les mères
et les enfants, les relations interpersonnelles entre les époux.
En étudiant
la famille, on voit que c'est le groupement social qui exprime par excellence
l'institutionnalisation du biologique. Mais la sociologie a jusqu'à présent
limité cette description du rapport homme/femme à la famille, c'est à
dire la groupement social qui conserve le plus pleinement aux catégories
de sexe leur fondement biologique.
Dans beaucoup d'écrits on ne se préoccupe que de ce que font les hommes
; une seule de ces catégories est nommément prise comme sujet d'étude tandis
que par contre l'idée d'une dichotomie sociale des sexes court à
travers la presque totalité des travaux. Il n'existe donc pas de
sociologie des sexes.
On peut noter que le début d'une problématique
culturelle des catégories de sexe a été réalisée
1. dans le milieu ethnographique et pas dans le milieu sociologique
2. par une ethnologue femme
Ce sont surtout des sociologues femmes qui produisent la partie des écrits
consacrés aux catégories sexuelles.
1. Au niveau de la conceptualisation
L'analyse économique considère l'individu économique, l'individu
producteur et à ce titre n'a pas à faire référence au sexe de cet
individu. Mais si on prend par exemple la notion de "coût de l'homme
au travail" on voit que le travail quotidien d'entretien de la
force de travail (courses, repas, entretien du linge...) qui est dans sa
presque totalité assuré par les femmes n'est pas intégré. Si dans un
ménage seul l'homme travaille, son salaire sert également à rémunérer la
femme, qui entretient la force de travail de son mari. Les femmes qui ne travaillent pas
professionnellement étaient donc jusqu'ici classées dans la catégorie
de la population non active au même titre que les enfants et les
vieillards, toutefois on commence a considérer que les femmes qui ne
travaillent pas pourraient être comptées en fonction de la force de
travail potentielle qu'elles représentent. Dans le cas de la
double journée des femmes, le temps de travail ménager est resté à la
périphérie de la problématique du monde du travail.
2. Au niveau du langage
Le général et le masculin sont purement et simplement identifiés ce inconsciemment
ce qui entraîne l'oblitération de la catégorie féminine dans le sujet
social.
ex : "la fonction sexuelle est donc la fonction biologique de reproduction,
qui implique nécessairement unE partenaire pour se réaliser". cet
exemple nous montre qu'on pense à partir du masculin.
ex : "les tâches répétitives et parcellaires laissent à l'individu tout
le temps de ruminer ses ennuis domestiques et conjugaux, sa femme ou ses
enfants malades ..." ici individu = homme mais aussi individu
travailleur = homme.
On est donc dans la représentation d'une norme sociale : l'homme est au
travail et la femme ne travaille pas.
On pourrait donc résumer l'état du savoir sociologique en ce
qui concerne les catégories de sexe :
1. la catégorie homme en tant que catégorie sociologique spécifiée
n'existe pas ; on croit parler en général alors qu'en réalité on parle
au masculin.
2. la catégorie femme ou bien les femmes n'existent pas par voie de conséquence
du système de pensée précédent ou alors elles font une apparition en
annexe. Ou alors elles existent seules isolées et on voit que si les deux
premiers types de discours sont plutôt le fait d'hommes, celui ci est plutôt
le fait de femmes.
III Vers une problématique globale de la définition sociologique des catégories
de sexe ?
Pour Mathieu, puisque dans notre société, les deux catégories de sexe
couvrent la totalité du champ social, il semble que l'une comme l'autre ne
puissent être étudiées isolément du moins sans quelles n'aient été auparavant
pleinement conceptualisées comme éléments d'un même système structural.
Chapitre 2 : Homme-culture et femme-nature
1. Des généralisation abusives à "l'évidence" biologique
"La croyance et le problème des femmes" : article de Edwin Ardener
analysé par Mathieu.
Edwin dit que si on a des difficultés à parler des femmes c'est qu'il y a
des difficultés à communiquer avec elles sur le terrain. Elles ne
parlent pas et ne verbalisent pas. Selon lui les hommes savent donner des
modèles de société bien délimités et pas les femmes. Elles ne
possèdent pas le méta langage de la société. Mathieu se demande alors
jusqu'a quel point elles ne parlent pas, et dans quelles sociétés.
Il faut donc chercher dans quelles sociétés les hommes ont éventuellement
le pouvoir d'empêcher les femmes de parler.
ex "Une éducation en Nouvelle-Guinée" de Margaret Mead. Des jeunes
gens partent travailler chez les blancs. Ils revinrent et apprirent le
pidgin (langue des blancs) à tous les garçons. Les filles n'avaient pas
le droit de le parler. Néanmoins comme elles assistaient aux leçons ; elles
le connaissaient et l'enseignaient à des enfants plus jeunes. Le désir d'imitation et de transmission est donc plus fort que l'interdiction. Il y
a donc eu apprentissage sans que jamais ou très rarement on n'ait entendu
des femmes s'exercer.
Dans l'article de Ardener, il montre que les
femmes ethnologues elles mêmes n'ont pu surmonter le "problèmes
des femmes". Mathieu demande alors pourquoi elles devraient mieux
surmonter le problème que ces homologues masculins. Implicitement une
femme est donc toujours une femme quelle que la société à laquelle elle
appartient.
2. De l'"évidence biologique" à la contradiction
méthodologique
Les catégories de sexe sont donc parfois réduites à leur définition
biologique. Cela se retrouve au niveau du discours manifeste. Ardener va
fixer la vision féminine du monde dans le biologique et la masculine dans
le sociologique. Pour lui, les hommes arrivent à se définir eux mêmes
et leur femme, alors que les femmes en tant que catégories sont exclues
du politique et ne peuvent donc que "reprendre" les modèles des
hommes. Pour Ardener, les forces de la nature font partie de leur essence
en tant que femmes. Elles sont donc, dit il, plus proches de la nature,
sans doute à cause de la procréation.
Mathieu souligne qu'il oublie que l'homme est partie prenante de la procréation
et que d'autres phénomènes naturels comme la mort mettent les deux sexes
au même plan.
III Restitution à la parole, mais parole sur quoi ?
Dans cet article, Ardener échoue à constituer les femmes en sujets.
Mathieu dit donc qu'il faudrait savoir, selon les sociétés, si les femmes
partagent les modèles créés par les hommes du fait de leur dominance
politique ou les "empruntent".
IV La parole et le discours
Ardener dit que ce sont les hommes qui détiennent le discours. Mathieu
montre que c'est l'homme sociologique et non biologique qui détient le
pouvoir et donc la parole.
Chapitre 3 Paternité biologique, maternité sociale ? De l'avortement et de l'infanticide comme signes non reconnus du
caractère culturel de la maternité
La maternité est vue comme une évidence "naturelle". La mère
n'est jamais un Ego, c'est à dire un sujet pleinement social au contraire
du père. Dans l'état actuel de l'analyse de la maternité, le véritable
sujet est l'enfant et non la femme.
ex : article de J.C. Muller sur la société rukuba du Nigeria
- Les enfants mâles en général impubères passent une nuit avec une
femme mariée enceinte. si l'enfant est viable l'initiation est valable
- Existence de relations préconjugales entre les garçons et les filles.
si une fille est enceinte à la suite de ces relations, on essaie de
l'avorter. s'il échoue, on tue l'enfant à la naissance.
Un sociologue en conclue que ce n'est pas la fonction génitrice qui fonde
la notion de paternité mais le rôle social accordé au père. Mathieu
montre que c'est la même chose pour la femme. Dans ses relations
préconjugales, la fille ne doit pas être mère pas plus que le garçon
ne doit être père. Qu'on soit mère au sens physique n'implique pas
d'être mère au sens social.
L'avortement, et non pas chez les seul rukuba, montre le caractère
culturel de la maternité. Il ne suffit pas d'être enceinte pour être
mère. Ce que regrette Mathieu c'est que la femme soit toujours pensée
comme objet de la maternité et non comme sujet. Il ne faut pas oublier
que l'enfantement est toujours plus ou moins contrôlé, d'une manière ou
d'une autre. "Vouloir" des enfants c'est déjà une manière de contrôle.
chapitre 4 : critiques épistémologiques de la problématique des sexes
dans le discours ethno-anthropologique
Les ouvrages ethno-anthropologiques sur les femmes, dans les années 60
ont principalement été écrits par des femmes. C'est sans aucun doute
une conséquence des mouvements féministes mais beaucoup d'études se
refusent à le dire.
Anthropologie "des femmes" ou anthropologie des sexes ?
En travaillant sur les femmes, on aboutira à travailler sur les sexes, le
genre.
I l'androcentrisme et ses symptômes
1. L'invisibilisation des femmes au niveau des "faits"
Beaucoup de faits concernant les femmes ont été oubliés.
ex : les !Kung, population de chasseurs-cueilleurs, une des plus
étudiées au monde. Paola Tabet montre qu'on a étudié de façon très
précise certains faits, comme le calcul à la seconde près de la
construction d'une cabane pour les chiens mais pas l'allaitement ni les
soins donnés aux enfants. Un chercheur a montré que les femmes
travaillent moins que les hommes, or, tout n'a pas été pris en compte.
ex par Mathieu en 1985 : les yanomani,
chasseurs-cueilleurs-horticulteurs du Venezuela. Lorsqu'on a étudié les
besoins énergiques de cette population, on a oublié de calculer la
dépense énergétique des femmes lorsqu'elles portent les enfants. Pour
Mathieu, il s'agit d'un "manque d'ethnocentrisme" ; il est complètement
étranger au monde occidental qu'une femme travaille en portant un enfant.
Les ethnologues en arrivent donc à la naturalité de leurs rapports aux
enfants au point qu'ils en oublient qu'elles les portent.
Les études mettant en évidence la sous alimentation des femmes par rapport
aux hommes, tant en qualité qu'en quantité ont surtout été faites par
des femmes.
ex : Weiner en 1976 à Kiriwina (îles Trobriand) là où
Malinowski a travaillé sur les échanges et la kula. il
avait analysé que les femmes prenaient aussi part aux cérémonies
mortuaires sans plus d'examen. Weiner assista a des cérémonies funéraires
entre femmes qui échangeaient des bottes de feuilles de bananier et des
jupes de fibre. Comme elle n'avait trouvé aucune étude de ce phénomène
dans toutes les études antérieures, elle l'étudia. A l'occasion des cérémonies
funéraires, les femmes font donc leur entrée dans les champs sociaux
politiques.
Les ethnologues s'intéressent principalement à ce que Chantal Collard
appelle "les structures dominantes d'échange matrimonial"
c'est-à-dire les règles et les comportements concernant les mariages
primaires où les hommes apparaissent souvent comme les
stratèges. On oublie souvent les mariages secondaires et successifs qui
n'annulent pas obligatoirement les premiers et parfois les contredisent
; ils ont souvent été étudiés par des ethnologues femmes qui ont
trouvé des stratégies matrimoniales propres aux femmes dans ces
mariages.
ex : Françoise Héritier chez les Samo patrilinéaires
de Haute-Volta. Lors des mariages secondaires dans un
autre village les femmes ont tendance à se regrouper en contractant ces
mariages dans un même village recréant ainsi une communauté
résidentielle et affective.
ex : Guidar du Nord Cameroun. Les
mariages primaires dispersent les femmes de même lignage dans des villages
différents, avec les mariages secondaires les femmes essaient de faire
venir des soeurs mais aussi des amies.
2. La non-intégration des femmes au niveau théorique
Même lorsque les activités des femmes sont
décrites dans les ethnographies, elles ne sont souvent pas intégrées au niveau des
généralisations et des
interprétations théoriques. Collard montre ainsi en analysant des
ethnographiques existantes que l'échange des hommes par les femmes
existent bien dans les mariages primaires comme forme dominante
d'échange dans certaines sociétés notamment matrilinéaires et
matrilocales. Beaucoup d'ethnologues ne considère pas ce fait à cause
de l'universalisation de l'idée "d'échange
des femmes" de Lévi-Strauss. On peut donc trouver selon les sociétés des cas où :
- des hommes échangent des femmes (cas
le plus fréquent),
- des hommes échangent des hommes "au moyen de
femmes" (cela la formule de Lévi-Strauss),
- des hommes et des femmes
échangent des hommes,
- des femmes échangent des hommes (cela avait
été négligé par Lévi-Strauss dans les structures élémentaires de
la parenté mais admis par lui dans un article sur la famille en 1956).
On constate aussi que les ethnologues ont tendance à ne pas
prendre en compte le travail des femmes
ex : analyse d'un article de Maurice Godelier par Barbara Bradby en 1977 sur la
" monnaie de sel" chez les
baruya de Nouvelle-Guinée. Les baruya produisent des barres de sel
qu'ils vont échanger régulièrement avec les youndouyé contre des
capes d'écorce. une barre de sel = cinq à six capes d'écorce.
Pour Godelier, il
y a échange inégal. En reprenant ses données en faisant le calcul par
sexe, on constate que le travail des capes d'écorce est essentiellement
féminin et que donc l'échange n'est donc pas inégal entre hommes. Pour
Godelier,
la division sexuelle du travail est simple et préalable à sa propre
analyse et peut donc être considérée comme allant de soi.
On n'étudie
donc pas la question de la valeur accordée au travail féminin dans des
sociétés où ceux qui s'approprient le produit en vue de l'échange sont
les hommes. L'androcentrisme joue sur deux tableaux :
- la prise en compte ou non du travail objectif des deux sexes,
- l'adhésion ou non de l'ethnologue à l'idéologie de la société étudiée.Maxine Molyneux
en 1977 étudie un autre mécanisme de l'androcentrisme : les auteurs ont
une utilisation sélective des données et entrent en contradiction avec
leurs propres prémisses théoriques en refusant d'intégrer les femmes
donc rapports entre les sexes dans des débats
ex : Emmanuel Terray sur
les guro. Le débat porte sur l'existence ou non d'une exploitation et la
présence ou non de classe. Pour Terray il n'y a pas de catégorie sociale
exploitée en permanence chez les guro. Molineux reprend alors terme à
terme les arguments de Terray définissant une exploitation et montrent que les femmes remplissent très
exactement ces conditions. Terray
est revenu sur ses positions en disant que les cadets et les femmes sont
bien, chez les guro, des catégories exploitées mais les considère davantage comme des classes
"en soi" que des classes "pour soi" c'est-à-dire qu'il estime impossible le développement d'une
conscience de classes : pour les cadets ils ont l'espoir de devenir aînés
, pour les femmes parce qu'elles sont "dans une relation de complémentarité avec les hommes".
3. description, théorisation et langage
L'idéologie androcentrée est présente dans la
formalisation couramment utilisée pour les relations matrimoniales,
formalisation où le référent Ego est sous-entendu masculin ; cela
sous-entend que ce sont les hommes qui épousent et les
femmes qui sont épousées soit l'application
systématique de la théorie de l'échange des femmes. Il ne suffit
donc pas de transformer le langage scientifique superficiellement puis
que :
- des termes ou formulations particularisant uniquement les
femmes risquent de cacher que certains mécanismes peuvent jouer de façon
similaire pour les hommes
- des termes ou formulations identifiant le masculins au général peuvent cacher que des femmes sont
aussi des actrices sociales
- des termes ou formulation
générale/neutre quant au sexe peuvent cacher le fonctionnement de la
différence des sexes dans l'idéologie et les mécanismes concrets
III La conceptualisation des sexes
1. L'accès problématique des femmes à la catégorie "être humain"
Le général et le masculin sont
purement et simplement identifiés et cela entraîne donc
l'oblitération de la catégorie féminine comme sujet social. Il y a
ainsi les dissymétries de traitement linguistique pour la notion "femme" et la notion "homme". D'une façon générale les hommes sont
construits comme "animé humain", les femmes soit comme "animé
non humain", soit comme "non-animé". Le langage
doit donc être considéré comme la face linguistique du rapport
d'appropriation matérielle de la classe des femmes par la classe des
hommes dans les sociétés occidentales.
2. Naturalisme et biologisme. Le
traitement conceptuel et méthodologique différentiel des sexes
Il y a une conceptualisation des sexes relevant du naturalisme
et plus précisément une idée de la nature biologique des femmes. Cela
s'exprime par l'idée ± consciente qu'il existe une "naturalité" de la division des tâches entre les sexes ==> vieille opposition
structurale hommes/femmes, culture/nature et homme = culture, femme = nature. On le
voit surtout dans l'évidence "naturelle" de la maternité. Le caractère social
et culturel de la maternité intéresse peu les
ethnologues qui s'intéressent beaucoup plus sur l'aspect social et
symbolique de la paternité
3. De la "naturalité" de la procréation ?
Les "tâches reproductives" des femmes et ce qu'elles impliquent
(grossesses, accouchement, mortalité maternelle, allaitement, portage,
soin des enfants, etc.) ne sont guère prises en compte dans les
descriptions ethnologiques. On se rappellera à ce sujet que la
démographie a élaboré les concepts de "fécondité naturelle". Paola
Tabet montre le caractère entièrement social de la
reproduction humaine. On peut par exemple imposer la grossesse pour
rentabiliser le corps des femmes. Elle montre que l'on peut appliquer à cette activité
l'analyse marxienne du travail : l'outil du travail reproductif est le
corps même de la femme, les bénéficiaires du produit (l'enfant). Les rapports de reproduction peuvent dans certains cas
être
analysées en termes d'exploitation.
"L'exploitation peut consister
non seulement à imposer la grossesse, mais aussi :
- à priver
l'agent reproducteur de la gestion des conditions de travail,
c'est-à-dire a. du choix du partenaire, b. du choix des
temps de travail, c. du choix du rythme (la cadence) du
travail ;
- à imposer le type (la qualité) du produit (le sexe, la
légitimité, la "qualité raciale", etc.) ;
- à
exproprier du produit l'agent reproducteur ;
- à l'exproprier sur le
plan symbolique de sa capacité de son travail reproductifs" La
reproduction peut donc être analysée comment travail, socialement
organisée comme travail.
La présence d'une division quasi universelle du
travail entre les sexes est en ethnologie d'une telle "évidence"
qu'il n'y a pas questionnement sur les mécanismes sociaux à l'oeuvre
dans cette répartition. Beaucoup d'ethnologues n'ont pas intégré la
division sexuelle du travail à leur réflexion théorique ; un des apports
de la critique féministe est donc de mettre en évidence les
déterminations sociales et les rapports sociaux qui sont impliqués.
ex : Paola Tabet : on pense généralement en ethnologie que chaque classe posséderait les outils adaptés aux
tâches que la société lui assigne. Tabet montre par l'analyse d'un
grand nombre de populations que le
sous-équipement constant des femmes par rapport aux hommes
révèle que les tâches sont dévolues aux femmes en fonction des
outils et non l'inverse.
ex : L'assignation des femmes à la cuisine est souvent interprétée par les
ethnologues comme allant avec les soins aux enfants. Pour Guyet
rien n'est moins "naturel" que cette association cuisine-soin aux
enfants étant donné les dangers graves que la préparation des repas
fait courir aux enfants et l'épuisement nerveux que cela suscite chez les femmes.
Elle
conteste aussi l'hypothèse naturaliste selon laquelle le travail agricole des
femmes est assez uniformément étalé dans le temps alors que les hommes
fournissent plutôt un travail avec des pointes saisonnières. Elle montre que les agriculteurs et
les agricultrices consacrent le même pourcentage de leur temps à
l'agriculture ; le temps pour les tâches domestiques est celui où les
hommes se reposent.
En 1975, Gayle Rubin parle de
Lévi-Strauss et de son article sur la famille. La division sexuelle du travail n'est pas fondée naturellement : elle
est un moyen de créer une dépendance économique réciproque entre les
sexes qui assurera par le mariage l'échange entre groupes. Il s'agit de
faire en sorte que la plus petite unité économique viable comporte au
moins un homme et une femme.
"au niveau le plus
général, l'organisation sociale du sexe repose sur le genre,
l'hétérosexualité obligatoire et la contrainte de la sexualité des
femmes (...) Lévi-Strauss est dangereusement près de de dire que l'hétérosexualité
est un processus institué"
4. Les conditions
sociologie de la connaissance et l'appartenance de sexe de l'ethnologue
Pour Rubin, la théorie de Lévi-Strauss sur l'échange des femmes est "une
théorie féministe manquée".
"[L'expression] "échange des femmes" est un raccourci pour exprimer que les rapports sociaux d'un
système de parenté spécifient que les hommes ont certains droits sur
leurs parentes femmes et que les femmes n'ont pas les mêmes droits, ni sur
elles-mêmes ni sur leurs parents hommes. En ce sens l'échange
des femmes est une profonde perception d'un système dans lequel les
femmes n'ont pas de plein droits sur elles-mêmes. L'échange des femmes
devient un obscurcissement s'il est vu comme une nécessité naturelle,
et lorsqu'il est utilisé comme simple outil pour aborder l'analyse un
système particulier de parenté."
Le problème de l'androcentrisme est donc l'acceptation implicite de ces réalités comme quelque chose
d'universel ce qui a longtemps empêché toute recherche
sur les mécanismes de cette oppression. La nouvelle
anthropologie des sexes est promue par des femmes, non pas parce qu'elles
sont des femmes biologiques mais parce que dans nos sociétés les
femmes sont la catégorie sociale opprimée dans le rapport de pouvoir
entre les sexes. Seule la prise de conscience de sa propre oppression a
permis de renouveler la problématique des sexes. Il faut donc rapporter
les interprétations ethnologiques au statut de l'ethnologue dans la
société dont il provient, c'est-à-dire à ce que sa position d'homme ou de femme lui
permet de connaître de l'oppression exercée et de
l'oppression subie. Les hommes par leur position dominante dans leur propre société sont mieux à même de connaître
les mécanismes de la domination masculine mais ne sont pas en mesure de
saisir pour les femmes la matérialité et la psychologie de aliénation.
Les femmes par leurs positions de classe dominée le sont
pas toujours en mesure d'évaluer la domination exercée et la
domination subie.
La grande partie du travail des ethnologues femmes a
consisté à juste titre à réhabiliter les femmes comme actrices
sociales avec parfois une double
erreur :
- négliger ou rejeter ce que rapportent des ethnologues hommes de
la domination masculine ;
- surestimer le poids des femmes dans le
fonctionnement social autrement dit sous-estimer et parfois nier leur
oppression.
Seconde partie : conscience, identités de sexe/genre et
production de la connaissance
Chapitre cinq : Quand céder n'est pas
consentir. Des déterminants matériels et psychiques de la conscience
dominée des femmes, et de quelques-unes de leurs interprétations en
ethnologie
I Préambules sur soi et les autres
1. Ethnocentrisme et/ou androcentrisme
Beaucoup d'ethnologues défendent ces cultures minoritaires même s'ils constatent qu'il y
a une
domination des hommes sur les femmes. Pour Mathieu on ne peut pas
défendre une société où la survie en l'état dépendra de
l'oppression des femmes. Beaucoup d'anthropologues féministes et
les féministes occidentales en général sont à la fois accusées
d'ethnocentrisme, d'impérialisme et même de racisme soit par leurs
collègues hommes et femmes occidentaux "défenseurs" des
peuple opprimés soit par certains représentants de ces peuples.
Pour
Mathieu lorsque ces accusations sont produits par des occidentaux ce
sont des formes d'ethnocentrisme consistant à
vouloir maintenir nos sociétés occidentales à part. Cela permet aussi
de ne pas penser qu'un problème "interne" à notre
société puisse avoir un quelconque rapport, même au niveau de la connaissance, avec un problème
"interne" se passant ailleurs. Ces accusations procèdent de la négation à l'intérieur
même de cet ethnocentrisme de l'androcentrisme. Refuser une prétendue ingérence dans les affaires des autres
sociétés consiste en fait à refuser de penser nos affaires
intérieures 2. L'ethnologue, l'avocat et le juge. Leurs contradictions
et celle des "Autres"...
exemple : Freeman reproche à Mead d'avoir fait une description idyllique de
Samoa en ce qui concerne les relations sexuelles prémaritales
entre jeunes gens et de ne pas avoir vu l'importance du viol. Mathieu
utilise cet exemple pour montrer qu'on nie souvent les contradictions
subies par les femmes. Freeman dit que les samoans avaient des
difficultés à parler de "questions sexuelles" avec des étrangers or
c'est précisément ce genre d'information que Mead, "jeune
américaine libérée", cherchait à obtenir. Pour Freeman, les faits
sont simples : la culture masculine est obsédée du viol et les
jeunes entendent le réaliser le plus possible pour prouver leur
virilité, d'autre part le culte de la virginité des filles est très
forte. Conclusion : il ne peut y avoir de normes de réceptivité de la
part de la jeune fille et il ne peut y avoir de
"promiscuité" effective des jeunes gens à part le viol. Ce
que Freeman oublie, parce qu'il est homme, c'est que ce sont ces normes
schizophréniques qui
sont imposées aux femmes dans sa société. Quelle femme ayant cédé aux avances masculines
ne s'est-elle pas plus tard faite traiter de putain ? Ne pas céder est
une norme et en même temps céder est une norme. Dans les sociétés
patriarcales il y a plusieurs normes contraires pour une femme. La
contradiction permanente est justement un facteur d'aliénation des
femmes. De plus que veut dire "Américaine
libérée" pour parler de Mead ? Avant les mouvements féministes récents on ignorait
en Occident l'importance du viol. Mead pouvait donc bien parler de
questions sexuelles et était peut-être libérée en ce sens mais
ne l'était pas dans le sens où elle ne connaissait pas la
réalité du viol en Occident. Ainsi, donc, une meilleure connaissance non
pas seulement de la culture samoanne, mais aussi de sa propre société
aurait peut-être permis à Mead de douter des dires des
Samoannes.
...et une solution : Elle n'aurait pas dû. Elle l'a bien cherché exemple
: Mathieu est en voiture et le feu est vert pour les piétons. Elle
manque de renverser une jeune femme qui dit "pardon". Cela
révèle :
1. sa première action, un réflexe spontané et irréfléchi est d'avouer
qu'elle avait « tort »
2. elle ne sait pas ou elle n'a pas intégré dans ses réactions
profondes qu'un automobiliste qui heurte un piéton a toujours tort
Quelques aspects propres à la conscience et à l'inconscient des
dominés :
1. la culpabilisation
2. l'in-connaissance des règles non-dites qui régissent les rapports avec les dominants
3. l'in-connaissance
du fonctionnement réel de la société au-delà des apparences des
règles, lois, coutumes, etc. On manque de la tuer, on l'accuse, elle
s'excuse ou bien, on l'accuse, alors on la tue ; deux formules par
lesquelles
on pourrait résumer pour les sociétés patriarcales la position
structurelle des femmes et ses effets dans la conscience.
Une femme
violée "n'aurait pas dû" parler à cet homme, se trouver à
cet endroit, à cette heure, être habillée ainsi et et surtout
n'aurait pas dû se laisser faire, en une mot se faire
violer. D'ailleurs une femme violée dans des circonstance "
normale" par son mari chez elle dans sa chambre n'aurait pas dû
énerver ce pauvre travailleur, se plaindre de sa fatigue, des
enfants, ne pas consentir, n'aurait pas du résister à ses
"besoins sexuels" à lui. ex : Procès pour un viol collectif aux assises de
Créeteil. L'un des avocats des
violeurs n'a pu démontrer le consentement de la victime avant et
pendant le viol , il a donc tenté de le démontrer après. Après le
viol, Les violeurs avaient transporté la victime en voiture de nuit. Pour
l'avocat, elle aurait pu s'échapper aux multiples feux rouges,
parsemant la route. Elle ne s'est échappée qu'au 13e sur le lieu du viol
; ce qui signifie qu'elle devait être consenante. Les violeurs ont été acquittés ex.
Procès d'un homme qui enfermait tous les soirs sa femme dans un
coffre par jalousie
et le matin lui faisait subir un examen gynécologique. La justice s'est
prononcée contre les paroles même de la victime qui disait être
consentante et aimait s'installer dans ce coffre. Oon trouve fréquemment dans les textes
concernant les femmes et d'autres dominés des énoncés sur leur "acceptation", leur
"adhésion à l'idéologie", "partage des
idées dominantes", "coopération". Or l'oppression acceptée n'est qu'une étape de l'aliénation
; l'étape suivante est celle de l'oppression méconnue.
ex : le sous hommes nazi qui croit que son appartenance à la race supérieure
lui confère la participation à une valeur extra-historique.
II la part réelle de l'idéel pour les femmes :
L'idée du consentement des dominées renoie à sa subjectivité, à la
conscience du sujet dominé. Avant de conclure au "consentement",
il
faudrait s'assurer que, pour chaque société, on ait pris la mesure de
limitation de la conscience que les femmes peuvent subir. Une partie des
limitations mentales est inextricablement liée à des contraintes
physiques dans l'organisation des relations avec les hommes ainsi qu'à
des limitations de la connaissance sur la
société. Les contraintes physiques et leurs implications
mentales limitatives Dans beaucoup de société, les femmes font un
travail apparemment moins pénible que les hommes
1. ceci est
probablement faux car les efforts physiques des femmes sont mal et
sous-évalués, leur fatigue méconnue
2. ce travail dure beaucoup plus
longtemps et est surtout dispersé dans une série de tâches cumulées et
souvent interrompues (surtout à cause de la présence d'enfants).
3.
il est rare qu'une femme ait des moments de loisirs véritables comme les hommes
Conclusion : comment pourrait-elle en plus
penser clairement sa situation ? Dans les études on a peu étudié
la malnutrition relative des femmes face aux hommes et le fait que
les carences nutritionnelles affectent davantage les femmes que les
hommes. En plus ce qui est compté comme travail pour les femmes est
généralement sous-évalué dans les études et ce qui est compté comme
loisir est surévalué. On peut se demander ce que signifient les
mots "loisir " ou "inactivité" pour une femme avec
de jeunes enfants : ce que les ethnologues décrivent parfois comme
"les enfants jouent
non loin" veut souvent dire qu'ils sont dans les jambes des
femmes qu'elle « travaille » ou qu'elle « se repose ». On oublie aussi
la contradiction entre le fait de s'occuper des enfants et d'autres
tâches aussi quasi universellement « féminines » telles que la
cuisine (utilisation du feu, de l'eau bouillante...). La limitation physique et mentale des femmes du
fait qu'elles sont littéralement liées aux enfants est encore
plus évident dans les cas d'urgence, de danger. Ce sont souvent les enfants qui empêchent les femmes de s'échapper
de leur situation. exemple : esclavage de
plantations en Amérique. Ce sont des esclaves hommes qui se sont enfuis
en premier. Pour les Antilles ce sont des esclaves femmes mais le taux de natalité
y était très faible. C'est au
prix de sa vie qu'on s'échappe mais il est beaucoup plus difficile
moralement de risquer en plus la vie de son enfant. L'enfant
entraîne également une limitation physique qui fait qu'une femme ira pas bien
loin. Le fait d'avoir la responsabilité constante des enfants est aussi
un travail mental constant et aliénant, limitatif de la
pensée : à force de tout simplifier dans les explications aux enfants
est ce qu'on peut développer une pensée complexe ? Il est certain que
l'éducation des enfants est un exercice intellectuel complexe. Mais
cela n'implique pas qu'il ne puisse pas briser l'esprit si la
technique est strictement maintenue dans certaines limites. ex article de Roberte Hamayon 1979 sur les
mongols.
Il y a des interdits verbaux. Le nom des aînés ne doit pas être
prononcé ni un certain nombre de choses redoutables ; on doit user
le substitut. Les deux positions extrêmes des hiérarchies
de sexe et d'âge s'incarne dans la relation entre beau-père et
belle-fille. La belle-fille doit donc user d'euphémismes
face à son beau-père et ce dernier de métaphores qui lui
fournissent un moyen de mettre à l'épreuve la perspicacité de sa belle-fille. User d'euphéminismes pour la
belle-fille c'est accepter sa subordination. on voit donc que la
limitation des procédés rhétoriques est à la fois un exercice plus
complexe (puisqu'elle ne peut laisser vagabonder son imagination, sa
créativité linguistique, au risque de produire les métaphores) et
plus appauvrissant. pour en revenir aux rapports mère enfant il faut
bien voir aussi que l'enfant se sert de sa mère comme chez les Mongols
le beau-père se sert de sa belle-fille et les hommes et femmes face à
des enfants une mer ne peut pas parler de ses préoccupations d'adulte
c'est l'enfant qui impose ses questions. Chez les Mongols la femme que
ne peut que répondre écouter ou se taire comme chez nous avec les
enfants à ne peut que répondre écouter ou se taire. Le fait que les
femmes soient limitées physiquement et mentalement par la charge des
enfants est d'ailleurs parfaitement connu du pouvoir masculin qui fait
de cette limitation des femmes à la raison de leur non-pouvoir alors
qu'elle en est l'effet. un mythe kikuyu expliquer « comment les hommes
arrachèrent le royaume aux femmes » « il y a très, très
longtemps, les femmes dirigeaient le royaume. Les hommes commencèrent
à trouver que ce n'était pas une bonne chose, et appelèrent à une
réunion pour discuter de ce qu'il y avait lieu de faire. Ils
décidèrent de réunir les femmes et de les faire danser nues devant
eux. quand les femmes arrivèrent et que les hommes leur dirent ce
qu'elle devait faire, elles refusèrent car, dirent-elles, elle avait
honte de faire une telle chose. Les hommes répliquèrent que quand on
dirige un royaume, on ne doit pas connaître une chose comme la honte.
Il fut décidé d'avoir une autre réunion des hommes et des femmes
ensemble afin de résoudre la question. Les femmes vinrent à la
Réunion, en amenant leurs enfants. Elles discutèrent longtemps
jusqu'à ce qu'il commença à faire froid et obscur. Une à une, les
femmes partirent parce qu'elle avait peur que leurs enfants souffrent du
froid. Cela trancha la question. Les hommes venaient de réaliser que
non seulement les femmes avaient honte de danser nue devant eux, mais
aussi qu'elle avait peur. ils décidèrent que de telles personnes
étaient totalement indignes de Régnier ét que la meilleure chose
qu'ils avaient affaire étaient de leur oter le pouvoir ».
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